Dépasser les conflits inutiles

1. « La métalogie » inventorie, perfectionne et met en œuvre les moyens dont nous disposons pour « dépasser les conflits inutiles ».

2. Elle n’a aucune prétention à établir « la paix dans le monde » et récuse même l’idée qu’on puisse y parvenir.

3. Son approche, strictement négative (« dépasser »), locale ou multi-locale (« les conflits ») et circonstanciée (ne traiter que des conflits « inutiles »), est nécessaire pour éviter les paradoxes induits par toutes les formes d’absolu, même celles qu’on croit « positives », par exemple le Bonheur, la Vérité, le Salut et même la Paix.

N.B. C’est pour des raisons similaires que, depuis le IV° siècle, la théologie chrétienne est essentiellement « négative ».


4. « Dépasser les conflits inutiles » ?
Explorons chacun de ces termes…
Dépasser : la démarche métalogique s’attache prioritairement à des conflits constatés ou, du moins, émergents.
Conflits: pour qu’il y ait conflit, il faut que les acteurs concernés poursuivent des objectifs qui leurs semblent incompatibles.
Inutiles : ces conflits peuvent être « dépassés ». Encore faut-il que les acteurs le croient, le choisissent ensemble et agissent en conséquence. « Inutiles » sont alors les conflits qu’on a décidé de dépasser, de même que les conflits passés devenus sans objet.

5. Est-ce à dire que certains conflits sont « utiles » ?
Oui, du point de vue de ceux qui, pris dedans, s’efforcent de prévaloir.
Il suffit qu’un seul d’entre nous déclare qu’un conflit est utile, ou le sera un jour, pour qu’il nous faille déclarer : « Oui, certains conflits sont utiles à certains ».

6. Mais qui peut déclarer que tel conflit est utile ?
Celui-là seul qui y est engagé, qu’il en revendique ou non la responsabilité.
Pourquoi « celui-là » et pas « ceux-là » ? Parce qu’il suffit qu’un seul déclare un conflit pour qu’il y en ait un, et parce que cette décision est à prendre, à son niveau, par chacun.

7. Qu’est-ce alors que le « dépassement » d’un conflit ?
Le processus qui conduit tous les acteurs impliqués à le déclarer « inutile », puis « sans objet » ou « passé ».
Comment y parvient-on ? Par la parole et l’action des acteurs en conflit, et avec eux, en vue de rendre compatibles les objectifs de chacun.
Encore voit-on souvent que ces acteurs dépendent d’autres qui ne se soucient pas des belligérants apparents mais de leurs intérêts.

8. Appelons donc « métalogique » la démarche suivante…
Dans chaque conflit, dépasser chacune des logiques à l’œuvre par rapport aux autres, ainsi que chacune des logiques environnantes qui concourent à la situation d’incompatibilité, le but étant de de parvenir à un système d’ensemble (à une « métalogique« ) sur laquelle on s’accorde.

9. On ne saurait cependant en déduire, pour tous et tout le temps, un ordre, une hiérarchie ou des vérités métalogiques : il suffit qu’un se déclare en conflit pour qu’un tel ordre soit désordre, qu’une telle hiérarchie devienne illégitime, et que de telles vérités soient mensonges.

10. Toute activité métalogique se déploie donc dans l’espace de la relation.
Son rapport aux faits et aux choses est médiatisé par des acteurs.
Étant motivée par le dépassement des conflits inutiles, elle ne prend en compte « la » supposée « réalité » qu’à travers les déclarations des acteurs impliqués dans les conflits où elle se compromet.

11. Le risque de « compromission » est toujours présent car, à tout moment, l’un au moins des protagonistes peut voir dans l’idée de « dépasser le conflit » une opportunité pour « dépasser » son adversaire et faire ainsi prévaloir la cause qu’il représente au détriment de ses opposants.

12. La métalogie s’interdit toute prétention à l’objectivité car elle traite de la relation, ce qui la distingue radicalement de la démarche scientifique, non pour s’y opposer mais pour la compléter.

12. La réflexion scientifique part de phénomènes supposés répétables, qu’elle entreprend d’observer, assez souvent et distinctement, pour obtenir le consensus qui l’autorisera à leur faire place dans l’édifice collectif du savoir, quitte à en changer l’architecture pour y intégrer les faits nouveaux.

13. La réflexion métalogique part de relations pénibles auxquelles les protagonistes prétendent mettre fin par la destruction des volontés opposées, mais sans y parvenir ou sans le vouloir complètement, par crainte de l’intensifier, le déplacer, l’étendre ou d’en être mortellement contaminés.

14. Loin de se tenir à l’extérieur des conflits, elle entreprend d’y pénétrer au plus intime, avec chacun des acteurs concernés.
Loin de toute asepsie tendant à l’objectivité, elle chemine dans le réseau des prophéties auto-réalisatrices qu’elle alimente, très consciemment si possible.
Enfin, elle admet d’avance que « ses résultats », si dépassement il y a, peuvent – à tout moment et par la volonté d’un seul – être remis en cause.

Première publication : 18 juillet 2012

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Auteur : Pierre Nicolas

Polygraphe (essai de philosophie politique, romans historiques, blog) après avoir été psychothérapeute, consultant, dirigeant.

3 réflexions sur « Dépasser les conflits inutiles »

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