L’approche relationnelle

Dans une relation de concordance, chacun agit et traite l’autre comme un partenaire rationnel, véridique, transparent, prévisible, discret, constructif, sociable, actif, responsable, honnête, souple et équitable (voir ci-après : Établir des relations de concordance).

Quel est l’enjeu de telles relations ?

Consubstantielles à l’adoption de l’approche relationnelle, elles permettent d’en tirer toutes les conséquences et de basculer dans le nouveau paradigme dont les praticiens des sciences sociales savent la nécessité.

Une telle décision permet de dépasser les limites de la tradition et les perversités du rationalisme (voir infra : Les trois approches).

Les « dépasser » seulement car il n’est pas question d’abolir mais d’intégrer et, pour ceux qui le souhaitent, de voir au-delà…
– Les cultures humaines ne se sont pas faites en un jour et nous sommes leurs enfants, la tradition l’enseigne.
– Quant à la raison, elle nous dicte que, pour qu’un demain suive aujourd’hui, il faut d’abord se tailler une existence physique et sociale, puis se frayer un chemin dans le champ des forces qui nous environnent.

Belles et humaines sont les villes qui ont su croître jusqu’à l’équilibre et se moderniser en intégrant les traces, les idées, la sagesse et même quelques-unes des bizarreries du passé, celles qui signalent qu’on est ici et pas là-bas, et d’ici plutôt que de n’importe où, pour vivre et agir avec autrui : entrer en concordance (voir infra).


N.B. « Entrer en concordance », ceux qui méditent sur l’évolution de nos sociétés y reconnaîtront la raison d’être de ce blog et de ce qu’il comporte d’invitation au débat.


Les trois approches

L’approche traditionnelle

Élaborée dans le cadre de groupes qui se définissent par des relations de filiation symbolique, référées à un mythe, une histoire, une culture, un territoire ou une langue, elle est essentiellement structurée par la relation des présents avec les prédécesseurs qu’ils revendiquent, qu’il s’agisse de conformité ou de difformité, de fidélité ou de trahison, de soumission ou de rébellion, en continuité ou en rupture.
Quoi qu’il en soit dans cette approche, la référence prime, souvent inactuelle et donc génératrice de névroses. Le mort, ainsi, saisit le vif.

L’approche rationnelle

Cartésienne, c’est l’approche de sujets pensants, théoriquement installés dans une extériorité objective face à un monde dont ils cherchent à tirer parti.
Elle postule que ce monde est analysable comme un ensemble d’entités distinctes et relativement stables : les acteurs à prendre en compte, leurs systèmes d’intérêts et de décision, les moyens disponibles et les contraintes à respecter.
Sa raison d’être est de faire mieux, mieux qu’avant et mieux que l’autre. Le paradoxe de l’approche rationnelle est que, méthodiquement développée pour parer aux risques, elle en génère à proportion de ses résultats.

L’approche relationnelle

Interactive et fondée sur la coopération libre d’acteurs mouvants en milieu incertain, elle reconnaît les tendances de l’approche traditionnelle à l’immobilisme et l’oppression, ainsi que les effets inutilement destructeurs et potentiellement tragiques de « l’approche rationnelle«  ou, pour mieux dire, « rationaliste ».
Cette dernière est en effet entièrement motivée par un projet de domination sur la nature et sur les hommes.  Les « progrès » de celui-ci ne sont donc pas généralisables sans effets en retour qui, à la longue, confinent à l’autodestruction.
C’est pourquoi l’approche relationnelle renonce aux stratégies de compétition (donc aux moyens violents et aux arguments d’autorité qu’elles utilisent) pour se concentrer « modestement » sur ceux des bienfaits possibles qui ne déclenchent pas trop d’effets pervers. Ses priorités sont donc, au-delà des nécessités de l’existence et du vivre ensemble (les trois premiers niveaux de la pyramide de Maslow), le dépassement des conflits inutiles et la réduction des souffrances évitables.

Son ambition est de ne pas « en rajouter » sur les malheurs que les hommes s’infligent les uns aux autres.
Son espérance est de « rayonner », c’est-à-dire de contribuer à la mise en œuvre de relations de concordance par tous ceux qui le veulent. Cela ne saurait se faire que par un processus viral de développement fractal auto-similaire, proportionnel à sa « lisibilité ».


Établir des relations de concordance

Dans une relation de concordance, chacun agit et traite l’autre comme un partenaire…

rationnel

Dans son action (il définit le plus clairement possible les objectifs et priorités qui le guident effectivement), et dans ses relations (il définit le plus clairement possible les accords et contraintes qui gouvernent ses échanges avec autrui).

véridique

Il dit la vérité, s’interdisant à la fois le mensonge direct et le mensonge par omission.

transparent

Tout ce qu’il fait peut être rendu public sans qu’il ait à en rougir. Il ne passe pas d’accords secrets qu’il ne soit prêt à voir mis au grand jour.

prévisible

Il explicite ses choix, ses plans, ses échéances et ce qu’il fait chaque fois qu’il en est capable et que cela peut être utile à la relation. Il s’entend avec ses partenaires sur le moment et sur la forme de leurs échanges ou rencontres.

discret

Il tient compte de la sensibilité particulière de ses différents interlocuteurs, et accepte de se taire quand c’est nécessaire pour préserver leurs intérêts ou leur vie privée.

constructif

Pour lui-même et les siens, il cherche un épanouissement durable, dans des relations avec les autres de partenariat créatif plutôt que de compétition (jeux à somme nulle).

sociable

Il prend régulièrement des initiatives positives vis-à-vis de ses partenaires, leur diffuse toute information qui pourrait leur être utile et leur donne un retour rapide (utilitaire, affectif, intellectuel, technique…) sur ce qu’ils disent ou font, en sorte de vivifier la coopération.

actif

Il agit concrètement pour atteindre les objectifs convenus, et sait éviter les différentes formes de passivité manifestes (ne rien faire ou faire autre chose, se rendre incapable) ou cachées (agitation ou activisme, violence).

responsable

Il s’efforce de distinguer entre les engagements qu’il peut tenir et ceux qu’il ne peut pas, de le dire clairement, de s’engager sur ce qu’il peut, de ne pas le faire au-delà de ses moyens et, bien sûr, d’agir en conséquence.

honnête

Il se reconnaît tenu par la parole qu’il donne, par oral aussi bien que par écrit, avec la part de contexte culturel et circonstanciel qui l’explique, parole de confiance donc qu’il respecte avec soin et au-delà de la lettre s’il le faut, pour éviter que la méfiance s’instaure.

souple

Tout en étant lié par la parole donnée, il est ouvert à la renégociation des accords et des contrats passés. Il y introduit donc les clauses et rendez-vous de réactualisation et sauvegarde réciproque qui faciliteront la prise en compte des changements éventuels.

équitable

Quand il est en position de force, il s’interdit d’en abuser, pas plus qu’il n’utilise ses moments de faiblesse comme alibi pour ne pas tenir parole.


N.B. Les énoncés ci-dessus dérivent des expériences qui ont été menées depuis 1985 à partir des « Principes de travail en commun » du Réseau 1+1.

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Auteur : Pierre Nicolas

Polygraphe (essai de philosophie politique, romans historiques, blog) après avoir été psychothérapeute, consultant, dirigeant.

2 réflexions sur « L’approche relationnelle »

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