Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales

Les conclusions du Congrès des Amis de la Paix qui se tint en août 1849 à Paris furent honorées dans la presse. Comme ils le souhaitaient, ses représentants furent reçus par le Président de la Deuxième République depuis le 20 décembre 1848 : Charles Louis-Napoléon Bonaparte.
Son mandat était de quatre ans et il n’était pas rééligible. Victor Hugo avait donc soutenu sa candidature à l’élection présidentielle d’autant que Lamartine, l’autre gand poète du moment, était candidat lui aussi.

Hugo comptait, quant à lui, se présenter  à la fin du mandat, en 1852. D’où ses engagements ostensiblement républicains, populaires (on dirait aujourd’hui « populistes ») et pacifistes.
Le Prince-Président fut plus rapide.

Son coup d’Etat du 2 décembre 1852 substitua un plébiscite à l’élection prévue. Pour le poète, ce sera l’exil et, pour le neveu, l’Empire, second du nom, c’est-à-dire l’industrialisation et la finance, des mesures sociales, le cléricalisme et, comme il fallait s’y attendre, la guerre.

Les guerres en vérité...
1. Le président avait détourné l'expédition de Rome : en sauvant le Pape plutôt que la République italienne, il se donnait des droits sur le vote catholique.
2. La guere de Crimée (1853-1856).
3. L'expédition du Mexique rendue envisageable parce que le gouvernement a décidé, le , d'un moratoire sur la dette. La tentative d'y établir Maximilien s'effondre lorsque les Etats-Unis, libérés de la Guerre de Sécession, apportent leur soutien aux troupes républicaines de Benito Juarez.
4. L'expansion coloniale, dont le Sac du Palais d'Eté.
5. La tentative d'annexion du Luxembourg, déjouée par Bismarck en 1867.
6. Et bien sûr la guerre franco-allemande de 1870, largement voulue en France par une opinion belliciste.

En septembre 1849, Charles Louis-Napoléon Bonaparte n’avait-il pas répondu aux représentants du Congrès des Amis de la Paix Universelle (à Victor Hugo et Emile de Girardin tout particulièrement) « qu’il était urgent d’entrer dans une voie de réduction de l’armée ; mais, selon lui, le moment n’était pas encore venu : l’état de l’Europe, les dernières agitations de la France y mettaient un obstacle. »

Compte-rendu du Congrès. op. cit. p. 49

169 ans plus tard, l’obstacle est toujours là.
Tant de beaux et dignes efforts ont échoué au XIX° et au XX° siècle, sans parler de ce XXI° siècle débutant.
Tirons-en la leçon : il ne sert à rien d’accuser les méchants qui se présentent à l’esprit, c’est le projet lui-même qui est en cause.
Toutes nos pensées sur le thème de la paix sont à reprendre.

Précédentes livraisons
La nouvelle Marianne 
Les Amis de la Paix - Le congrès de Paris en 1849
Les Amis de la Paix 2 - L'arbitrage international
Les Amis de la Paix 3 - Désarmer pour FAIRE la paix
Les Amis de la Paix 4 - L'idéalisme
Les Amis de la Paix 5 - Le libre-échange

Résolutions finales du Congrès des Amis de la Paix Universelle à Paris en 1849

I. La paix pouvant seule garantir les intérêts moraux et matériels des peuples, le devoir de tous les gouvernements est de soumettre à un arbitrage les différents qui s’élèvent entre eux, et de respecter les décisions des arbitres qu’ils auront choisis.

II. Il est utile d’appeler l’attention de tous les gouvernements sur la nécessité d’entrer, par une mesure générale et simultanée, dans un système de désarmement, afin de réduire les charges des Etats, et en même temps faire disparaître une cause permanente d’inquiétude et d’irritation entre les peuples.

III. Le Congrès recommande à tous les amis de la paix de préparer l’opinion publique, dans leurs pays respectifs, à la formation d’un Congrès des Nations, dont l’unique objet serait la rédaction de lois internationales et la constitution d’une Cour suprême à laquelle seraient soumises toutes les questions qui touchent aux droits et aux devoirs réciproques des nations.

IV. Le Congrès repousse les emprunts et les impôts destinés à alimenter les guerres d’ambition et de conquête.

V. Le Congrès recommande à tous ses membres de travailler, dans leurs pays respectifs, à faire disparaître, et par une meilleure éducation de la jeunesse, et partout autre voie, les préjugés politiques et les haines héréditaires qui ont été si souvent cause de guerre désastreuse.

VI. Le Congrès adresse la même invitation à tous les ministres des cultes revêtus de la sainte mission de nourrir les sentiments de concorde parmi les hommes ; ainsi qu’aux divers organes de la presse, qui agit si puissamment sur le développement de la civilisation.

VII. Le Congrès fait des vœux pour le perfectionnement des voies de communication internationale, pour l’extension de la réforme postale, pour la généralisation des mêmes types de poids, de mesures et de monnaies, pour la multiplication des Sociétés de la paix qui seraient appelées à correspondre entre elles.

VIII. Le Congrès décide que son bureau est chargé de rédiger une adresse à tous les peuples, de porter les vœux de la réunion à la connaissance des gouvernements, et d’en remettre spécialement une minute entre les mains de M. le président de la République française.

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Auteur : Pierre Nicolas

Polygraphe (essai de philosophie politique, romans historiques, blog) après avoir été psychothérapeute, consultant, dirigeant.

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