Vouloir ne pas voir

Il y a des images de fin du monde dans leurs yeux et dans leurs témoignages. L’horreur a bien d’autres visages mais il est rare qu’on y survive.
Écoutez et voyez les marins britanniques vétérans des essais nucléaires dans le Pacifique. Simples opérateurs de grands desseins criminels, ils n’étaient pas la cible et n’ont participé au désastre que de loin.
Ordre leur fut donné de ne pas voir, d’enfouir le visage dans le coude.
D’autres mirent les mains sur les yeux. Ils virent, non pas l’explosion, mais le squelette de leurs doigts. L’image de leur propre mort imprimée au fond du crâne, ils sont toujours là mais, malgré la distance et après tant d’autres déjà morts, affectés des maux de l’irradiation.

Ils nous parlent, hérauts d’une longue indignation à l’égard du cynisme de leurs gouvernements.
Les nôtres, ceux que – dans notre éternelle lutte contre la barbarie – nous supportons.

Tous les vétérans sont des témoins scandaleux.
On devrait les faire taire, comme leurs victimes.
Elles au moins ont la décence de garder le silence.
Elles se font oublier…

Sans aveuglements choisis et silences bien placés, comment parlerions-nous encore de « civilisation » ?

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Auteur : Pierre Nicolas

Polygraphe (essai de philosophie politique, romans historiques, blog) après avoir été psychothérapeute, consultant, dirigeant.

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