Aventurer l’avenir

1. Nos dieux sont des avatars des bêtes de proie et, contrairement aux apparences, nous ne nous sommes pas encore libérés de la problématique du sacrifice humain.

2. Nos civilisations, nées de la guerre, continuent de la promouvoir.
L’adage « Qui veut la paix prépare la guerre » est mensonger. Il cache la vérité contraire au cœur même de l’idée de civilisation : « Qui veut la victoire se dote de l’arme absolue, qui est la paix civile nécessaire aux combats ».

3. Le besoin de coexistence étant devenu planétaire, nous ne saurions éviter la destruction mutuelle en faisant plus de la même chose.

4. Il faut donc faire autrement :
– nous remettre, religieusement, à l’écoute des processus continus de révélation ;
– intensifier, laïquement, les processus de négociation nécessaires à l’invention des moyens de vivre ensemble ;
– réévaluer les données (culturelles, philosophiques, psychologiques, morales et politiques, techniques…) qui fondent nos existences.

5. La route à prendre se déduit du but à atteindre (vivre ensemble sans destruction mutuelle) autant que de la situation présente (de féroce compétition sous les apparences de l’échange).

6. Chacun, pour l’essentiel, est encore pris dans « sa logique » : le système de ce qu’il croit être les conditions de sa survie et de sa pleine existence.
Tel est le point de départ.

7. L’approche à développer est donc « métalogique ». Il s’agit de sortir de « sa » logique pour imaginer le système dont elle fait partie et en déduire d’autres modes d’action.

8. Elle ne saurait dire l’ordre du monde vers lequel nous allons, ou devrions aller : tout énoncé de cet ordre avantagerait certains au détriment des autres. Il ne pourrait donc rallier…
– ni les politiques (ils luttent entre eux pour obtenir des places),
– ni les religieux (l’ultime appartient à Dieu),
– ni les philosophes (ils y reconnaitraient immédiatement un paradoxe).

9. Mais elle cherche les idées et les moyens qui peuvent conduire chacun vers des façons d’agir et de penser qui ne soient pas incompatibles avec celles d’autrui.

10. La destruction mutuelle étant la pierre de touche de l’approche métalogique, celle-ci se veut respectueuse du passé, celui de chacun, et donc celui de tous.
Au nom de son objectif de coexistence, elle invite néanmoins chaque communauté à réexaminer son histoire pour y découvrir ce qu’elle comporte d’inaperçu par elle-même et de possible pour tous.

11. Nos civilisations vivent de la guerre perpétuelle sous prétexte de tendre à la paix perpétuelle, celle qui leur permettra, enfin et pour toujours, d’« avoir la paix ». Mais cette « paix » que l’on voudrait « avoir » ne convient jamais qu’à celui qui la rêve.

12. Les vieux rêves sont infantiles. Ainsi en est-il des rêves de paix qui nous ont dressés les uns contre les autres sous prétexte de rétablir nos droits.
Quoi de plus vain…
– que la beauté d’Hélène si elle nous vaut la guerre de Troie ?
– que le tombeau du Christ s’il légitime les croisades ?
– que la pratique de la vraie foi si elle entraîne les guerres de religion ?
– que l’abolition des privilèges si, après les guerres de la Révolution et de l’Empire, elle n’ouvre qu’à la lutte des classes ?
– que la notion d’espace vital si, pour la mettre en œuvre, il faut deux guerres mondiales, le conflit israélo-palestinien et la guerre froide ?

13. Rêves infantiles… La preuve ?
Ce sont toujours des rêves de liberté.
Pour soi, évidemment. Pas pour autrui.
Si nous voulons échapper à la guerre perpétuelle, il va nous falloir aussi renoncer à nos rêves de paix.

13. De grandes œuvres, des mots et des pratiques… les tracent dans nos cultures, en filigrane.
Pour dépasser la guerre, et le rempart de paix rêvée derrière lequel s’abritent nos civilisations, il va falloir aventurer l’avenir au delà de l’idée même de civilisation.

Première publication : 18 juillet 2012

Lire aussi…
Dépasser les conflits inutiles

Dépasser les conflits inutiles

1. « La métalogie » inventorie, perfectionne et met en œuvre les moyens dont nous disposons pour « dépasser les conflits inutiles ».

2. Elle n’a aucune prétention à établir « la paix dans le monde » et récuse même l’idée qu’on puisse y parvenir.

3. Son approche, strictement négative (« dépasser »), locale ou multi-locale (« les conflits ») et circonstanciée (ne traiter que des conflits « inutiles »), est nécessaire pour éviter les paradoxes induits par toutes les formes d’absolu, même celles qu’on croit « positives », par exemple le Bonheur, la Vérité, le Salut et même la Paix. Continuer la lecture de « Dépasser les conflits inutiles »

Polygraphe ?

Comment me présenter à autrui ?

C’était aisé du temps que j’avais une « existence » professionnelle [Voir infra].

En fonction de la période et du contexte, je répondais psychothérapeute, consultant ou dirigeant avec, au besoin, des indications complémentaires sur mon approche, mes techniques ou l’entreprise concernée.
Il en va tout autrement depuis 2001 : je suis resté en marge de la vie active et, quelques années plus tard, cessant de m’en soucier, je n’ai plus fait que réfléchir, lire, débattre et écrire.

Quoi ? Un essai de philosophie politique (ou plusieurs), un roman historique (ou plusieurs). et une succession de blogs occasionnellement victimes des malveillances que, sur le Net, on croise un jour ou l’autre.

Et sur quoi ? Potentiellement sur tout, puisque le mot d’ordre (« Dépasser les conflits inutiles ») que je me suis donné semble être la clé du changement de paradigme dont, comme tant d’autres, je sens la nécessité ; sa mise en œuvre touche donc à tous les domaines de la culture et de la politique.

Continuer la lecture de « Polygraphe ? »

12 septembre 2001

Un événement a servi de catalyseur aux idées que je développe sur ce blog. En voici la trace : une note que j’ai envoyée à mes correspondants… le lendemain du « 11 septembre »…

Ma réflexion ne fait que commencer

Mon envoi de l’autre jour semble frivole par rapport à l’actualité : l’action des hommes-suicide, hier, à New York et Washington.
Je n’écris pas « crimes », je n’écris pas « lâcheté » car l’arrogance, l’absence de compassion, l’absence de solidarité ont inspiré ces « crimes », comme tous ceux qui les ont précédés, du Nord contre le Sud, des riches contre les pauvres, des uns contre les autres.« Crimes » ou « sacrifices humains » ?
La deuxième expression est plus juste qui prend ensemble tous les initiateurs et toutes les victimes.
J’y vois l’occasion de me redire mes croyances (le mépris tue, toute puissance de développement porte une puissance de destruction équivalente, la paix est à FAIRE par moi et chacun de nous en soi et avec autrui, etc.) et une incitation à en tirer toutes les conséquences.
La crise va être militaire (les USA seront incapables de ne pas se venger), politique et économique. L’intensité et la durée de la crise devraient être équivalentes ou supérieures à celles de la Guerre du Golfe. Continuer la lecture de « 12 septembre 2001 »