La civilisation comme illusion (1)

Paul Valéry en 1893

Valéry est un de mes frères en pensée.
À vingt ans comme lui (qui en avait vingt-trois quand il écrivit sa « Soirée »), je me suis rêvé en Monsieur Teste.
Ce « frère », je le suis resté. Comme Teste, « je me suis préféré » et je n’ai jamais été possédé par « la niaise manie » de mon nom.

De Paul Valéry (1871-1945), c’est moins sûr. Il a donné au public « le temps qu’il faut pour se rendre perceptible » et moi, bon public, j’ai suivi, l’âme vague, ses mystères poétiques.
L’âme vague peut-être mais le cœur froid, ce qui m’a fait préférer Georges Brassens, l’autre poète de Sète. D’où le grand rire qui m’a saisi lorsque j’ai découvert les efforts du colonel Godchot : « Essai de traduction en vers français du « Cimetière marin de Paul Valéry » (1933).

Tout cela n’en est pas moins maigre et sec. C’est donc à un autre Valéry que je reviens (mais je le fais tous les dix ans peut-être, à chaque étape de ma méditation politique), à l’auteur non d’une œuvre mais d’un vertigineux incipit :
« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

Je viens de relire ses « Essais quasi politiques » et certains de ses textes sur l’histoire. Sous le lien que voici, vous trouverez les extraits que j’en garde. Je vous les recommande.

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Victor Hugo, discours du 17 juillet 1851 (texte intégral)

Victor Hugo entre dans la postérité par ce discours à l’Assemblée nationale législative le 17 juillet 1851 : avec son « Détruire la misère », du 9 juillet 1849, c’est l’épithalame des noces du peuple et de la république.
Il comporte, comme il l’avoue lui-même, des « fautes de tribune » mais elles seront bientôt emportées par le coup d’Etat du 2 décembre 1852, l’exil, la parution des Misérables, la guerre de 1870, la chute de l’Empire, l’avènement de la III° République et le retour en France trop tard pour obtenir la présidence à laquelle il avait aspiré pour 1852, mais la gloire tout de même, de poète national, avec son grand train d’obsèques solennelles suivies de l’entrée au Panthéon, dix jours après sa mort. La République encore jeune (c’était en 1885), et fragile encore, se célébrait en celui qui l’avait célébrée à sa dernière occurrence, annoblie de ses mots et longtemps attendue. Continuer la lecture de « Victor Hugo, discours du 17 juillet 1851 (texte intégral) »

Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales

Les conclusions du Congrès des Amis de la Paix qui se tint en août 1849 à Paris furent honorées dans la presse. Comme ils le souhaitaient, ses représentants furent reçus par le Président de la Deuxième République depuis le 20 décembre 1848 : Charles Louis-Napoléon Bonaparte.
Son mandat était de quatre ans et il n’était pas rééligible. Victor Hugo avait donc soutenu sa candidature à l’élection présidentielle d’autant que Lamartine, l’autre gand poète du moment, était candidat lui aussi.

Hugo comptait, quant à lui, se présenter  à la fin du mandat, en 1852. D’où ses engagements ostensiblement républicains, populaires (on dirait aujourd’hui « populistes ») et pacifistes.
Le Prince-Président fut plus rapide. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales »

Les Amis de la Paix 5 – Le libre-échange

Le Congrès des Amis de la Paix Universelle qui se tint à Paris en 1849 fit naturellement la part belle à l’idée de libre-échange. Ne contribuait-elle pas directement à l’amitié entre les peuples ? surtout quand cela se fait avec l’Angleterre, nation commerçante s’il en est.
Richard Cobden (1804-1865), industriel et homme d’État britannique, en est cette année-là le héraut, avec Fédéric Bastiat (1801-1850) qui passe alors pour l’un de ses émules.
Il est vrai que l’admirable Cobden venait d’obtenir l’abolition des Corn Laws protectionnistes et qu’il oeuvrait au rapprochement avec la France. L’Angleterre était aussi industrieuse que la France agricole. Ces deux nations étaient donc complémentaires, ce qu’on voyait d’autant mieux que, dans les deux pays, la bourgeoisie d’affaires supplantait peu à peu l’aristocratie terrienne.
L’anglophile Louis-Napoléon Bonaparte comprenait cela, d’où la signature en 1860 du traité de commerce franco-britannique de libre-échange sur les matières premières et les principaux produits alimentaires, dont Cobden avait été si longtemps l’artisan.

Ne nous trompons pas cependant sur la principale motivation de « Napoléon le Petit« . Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 5 – Le libre-échange »

Les Amis de la Paix 3 – Désarmer pour FAIRE la paix

Toutes les questions (et à peu près toutes les solutions) liées au désarmement furent explorées au cours du Congrès international des Amis de la Paix universelle réuni à Paris en 1849. Nous savons leur peu d’effet.

Ce rêve remonte à loin. Citons par exemple canon 39 du Deuxième concile de Latran (1139) : « Nous défendons sous peine d’anathème que cet art meurtrier et haï de Dieu qui est celui des arbalétriers et des archers soit exercé à l’avenir contre des chrétiens et des catholiques ».
Ce qui mettra fin à l’arbalète comme arme de guerre, c’est l’arme à feu !

Autre exemple…
L’interdiction des tournois (canon 14) sous peine de se voir refuser la sépulture chrétienne n’a pas eu plus d’effet. Si la pratique a disparu, c’est trois siècles plus tard en France parce que le roi Henri II de Valois mourut en 1559 des suites de la joute qu’il avait organisée pour célébrer la paix de Cateau-Cambrésis. Il entendait montrer qu’il avait toujours « bon ceur » (à se battre) alors que le traité qu’il venait de signer mettait fin de ses ambitions italiennes. Cette réconciliation entre la France et l’Espagne ne fit évidemment qu’armer le ressort conflictuel qui conduit un siècle et demi après au « Grand Dessein » d’Henri IV. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 3 – Désarmer pour FAIRE la paix »

Le Grand Dessein d’Henri IV

Si la guerre est affaire d’État, la paix l’est également. Mais cette paix, comment la faire alors, si ce n’est par la guerre ?
Ce paradoxe est illustré par le Grand Dessein d’Henri IV, tel que nous le rapporte Sully au dernier Livre (XXX) de ses Mémoires.

On y découvre qu’Henri-le-Grand « voulait rendre la France éternellement heureuse ; et comme elle ne peut goûter cette parfaite félicité, qu’en un sens toute l’Europe ne la partage avec elle, c’était le bien de toute la Chrétienté qu’il voulait faire, et d’une manière si solide, que rien à l’avenir ne fut capable d’en ébranler les fondements ».

Beau projet mais, pour y parvenir, le bon roi imaginait de coaliser les armées de toute l’Europe (270 000 hommes d’infanterie, 50 000 de cavalerie, 100 canons, et 120 vaisseaux ou galères) contre la maison d’Autriche, le grand-duc de Moscovie et le sultan de Turquie ! Continuer la lecture de « Le Grand Dessein d’Henri IV »

La nouvelle Marianne ?

Elle ne porte pas le bonnet phrygien, mais ne personnifie-t-elle pas la devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité » ? Cette jolie jeune fille était hier, dans les jardins de l’Élysée, dans la cohorte des Clubs de foot invités au Palais.

Joyeuse célébration…
de la France inclusive et de la vie associative,
du vierge, du vivace et du bel aujourd’hui…

Bien des espoirs sont en lui
et cette grande question venue d’hier et d’avant-hier :
ce vierge, ce vivace et ce bel aujourd’hui
va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre ? Continuer la lecture de « La nouvelle Marianne ? »