Vivre et mourir de l’inégalité (les souvenirs d’enfance d’Alexandre Herzen)

Alexandre Ivanovitch Herzen (1812-1870) est le plus marquant des socialistes russes. D’origine aristocratique, il fut constamment suspecté sous Nicolas Ier et condamné à l’exil à partir de 1847. Son errance en France, en Italie, en Suisse et finalement à Londres, lui fit côtoyer les progressistes et activistes du moment.

L’échec de la révolution de 1848 et des mouvements armés associés (Pologne, Italie…) le conduisit à s’élever contre l’aventurisme (Bakounine, Herwegh) et le projet de dictature du prolétariat formulé par Marx et Engels.

Son refus de l’ordre existant était essentiellement moral, donc non-violent. Essayiste et publiciste, proche idéologiquement de Saint-Simon et Fourier, il collabora un moment avec Proudhon, puis concentra ses efforts sur la Russie (abolition du servage) en se prononçant pour un socialisme libertaire qui se développerait à partir de la commune rurale traditionnelle (mir).

Herzen influencera tous les penseurs russes non-violents du XIXe et du XXe siècle, à commencer par Tolstoï et Dostoïevski.

Journaliste d’opinion, convaincu que ses idées avaient leur source dans son expérience, il fut aussi un mémorialiste très admiré ainsi qu’un émouvant conteur. On peut en juger dans l’extrait ci-dessous du premier volume de « Passé et Méditations » (Byloie i Doumy), un recueil qui va de l’enfance à 1868.

Alexandre Herzen. Passé et Méditations (Byloie i Doumy)
Présenté, traduit et commenté par Daria Olivier.
Éditions L’Âge d’Homme (1974. 470 p.)
Ch. II. pp. 57-72.

[Cet ouvrage est malheureusement épuisé. Pourtant, il touche tous les lecteurs capables d’entrer dans un « grand roman », particulièrement ceux qui perçoivent combien le XIX° siècle éclaire notre temps. Avis aux éditeurs : le Passé et méditations d’Alexandre Herzen mérite une édition en poche ou dans LA COLLECTION BOUQUINS.

Des intertitres ont été introduits sur ce blog.]

Il y a là un témoignage intime sur la vie d’une famille moscovite sous Alexandre Ier. On y voit ce que les extrêmes inégalités font aux personnes, maîtres et serfs domestiques en l’occurrence. C’est touchant, juste, sensible et révoltant.

Pourquoi lire Herzen aujourd’hui ?

Pour sentir au plus nu.
C’est vital parce que l’histoire va en spirale.
Les gilets jaunes, sans-papiers, réfugiés, clochards et handicapés d’aujourd’hui n’ont pas le statut des serfs de la vieille Russie, c’est vrai, mais ils sont le nom pour nous des inégalités et, plus que jamais, nous les voyons.

Ces inégalités, des chiffres les mesurent, des images les exposent et, à chaque instant, la même question se pose : jusqu’où ?
Ça craque de partout, la fragilité systémique du monde contemporain saute aux yeux.
Sous le regard de l’enfant Herzen, c’était celle de l’empire. Nous savons ce qu’il est devenu…

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Y’a pas l’feu ? Mais si !

L’incendie de Notre-Dame est le troisième du genre.

1. Les aspects techniques

Deux autres catastrophiques restaurations de charpente l’ont précédé.

La première fois (la cathédrale de Nantes en 1972), c’est une erreur.

La deuxième fois (la basilique de Nantes en 2015), ça montre qu’on n’a toujours pas compris.

Ce n'est pas un problème de surveillance...
« Une première alerte incendie s'est déclenchée à 18 h 20, a indiqué le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, lors d'un point presse ce mardi midi. Elle a été « suivie d'une procédure de levée de doute, mais aucun départ de feu n'a été constaté ». Une deuxième alerte se déclenche peu avant 19 heures, et cette fois, le feu est « constaté au niveau de la charpente.
Des pompiers de service sont présents 24 heures sur 24 dans la cathédrale, en complément du système de détection d'incendie, comme l'explique l'architecte en chef des monuments historiques dans un entretien au Point. Ils « montent trois fois par jour sous la charpente pour voir l'état des lieux, donc elle est surveillée », a précisé sur France Inter le recteur de la cathédrale, Mgr Chauvet. « Au niveau de la sécurité, je ne crois pas qu'on pouvait faire plus », estime-t-il.

C'est donc ailleurs qu'il faut chercher...
Voici une explication technique plausible et, je crois, importante (merci à Jean-François Raux de me l'avoir fait découvrir, bien que je n'en connaisse l'auteur):
« On soude des éléments métalliques tels que chéneaux en zinc, posés sur des éléments de charpente en bois, qui sont portées localement à plus de 270°. Même à l'abri de l'air, une réaction de pyrolyse démarre, et continue silencieusement, car exothermique. Cette réaction progresse dans la pièce de bois et gagne de proche en proche jusqu'à atteindre une partie exposée à l'air, ce qui permet enfin à la fumée de s'échapper. Il est alors trop tard pour éviter l'incendie car cette fumée remplie de radicaux libres s'enflamme alors immédiatement (tétraèdre du feu). Ce processus reste discret avant l'éclatement de l'incendie, puisqu'aucune fumée ne pouvait s'échapper avant que la pyrolyse (dite encore improprement « combustion lente » ou sans flamme) atteigne une partie exposée à l'oxygène de l'air.
C'est aussi ce qui explique que ce type d'incendie éclate avec retard, c'est-à-dire jusqu'à plusieurs heures après la cessation des travaux. »
N.B. Le même auteur mentionne comme incendies similaires le château de Mesnières-en-Braye (2004) et l’hôtel Lambert (2013).

La troisième fois, c’est une faute et la question se pose alors : qui l’a commise et pourquoi ?

2. La désaffection des “communs”

Pour Notre-Dame, on trouvera peut-être des lampistes, mais la raison est budgétaire : trop peu d’argent, trop tard et, finalement, ce sera beaucoup plus.

Pourquoi ? Continuer la lecture de « Y’a pas l’feu ? Mais si ! »

The Great Fire of Notre-Dame

My wife and I are quite surprised to see how moving is such an event for us.

The tender memories we have inside and around Notre-Dame are not enough to explain that emotion. More than personal,  it’s a collective one, shared by Parisian, French, Christian, European, Occidental people. We have received mails from all over the world.

It has to do with the historical and the symbolic charge of such a monument but also to the fact that, from everywhere in the world everyone saw the spectacular burning of a “common house“.

A common house was burning yesterday night, as an evocation of all the destroyed common houses, including the recent killing spree in New Zealand Christchurch’s mosques.

Happily it was an accident that caused this 4/15 catastrophe, not a combination of wills to destroy as in 9/11, that open door to hell, but there is a common factor between the two catastrophes: Notre-Dame de Paris has been ruined by a miscalculated maintenance program. I believe we will soon discover how they foolishly spared money on some security measures.

The great fire of Notre-Dame will not trigger a war.
I would like it to trigger more shared concern for the Commons.

Aveugles virilités

Courte leçon animale pour les jeunes mâles et les grands chefs:
voyez ici le spectacle de deux mâles en concurrence pour deux femelles…
L’un y perdra la vie, l’autre l’honneur et les femelles.

Moralité
Bien réfléchir avant d’engager le combat.
On peut s’y risquer comme un jeu mais n’oublions pas
que, si le but est de gagner, la victoire est au-delà de l’adversaire…
ainsi que le vrai danger, celui qu’on doit fuir à tout prix.

La grande érosion des prénoms

Jérôme Fourquet, auteur de “L’Archipel français“, et son éditeur, ont trouvé le moyen de faire parler d’un livre utile qui, sans cela, ne serait qu’un recueil d’études IFOP et INED.

L’angle d’attaque ? Parler de « grand bouleversement » (un titre qui fait écho à l’inquiétant « grand remplacement » popularisé par Renaud Camus) pour mettre en avant quelques changements de proportion dans les prénoms religieux, ethniques ou locaux.

Par exemple, dans l’émission “La France vue par ses prénoms”, on souligne le passage de 20,5% de Marie parmi les filles nées en 1900 à 0,3 % seulement en 2015, alors que, parallèlement, on trouve aujourd’hui 18 % de prénoms arabo-musulmans parmi les nouveau-nés.

C’est oublier que faire des enfants est un pari sur l’avenir et que le prénom qu’on leur donne est toujours pensé par les parents comme prise de position pour leur temps par rapport aux générations qui les ont précédés. Continuer la lecture de « La grande érosion des prénoms »

Qu’enseignent les scandales de l’Église sur l’avenir de nos institutions ?

Quelles leçons tirer des scandales pédophiliques abordés aujourd’hui par l’Église catholique ?
La vidéo ci-après retrace l’évolution de ses positions.

Le Vatican vient de tenir un sommet dans le but de déterminer les “mesures concrètes et efficaces” qu’il est possible de prendre contre les abus sur mineurs.
C’est l’étape du moment dans un processus dont on sait d’avance qu’il n’est pas près de se terminer.
En attendant, de l’extérieur, que penser ?

  • Les clercs se prévalent abusivement du titre de « père » (ou de « mère »).
  • Les guerres du XXe siècle nous ont fait voir que l’obéissance sans conscience est à la source des crimes de masse. Nous considérons dès lors que, subordonné ou pas, tout individu est personnellement responsable des effets directs et indirects de ses actes.
  • Il en résulte que l’obéissance n’est plus une valeur et que, dans tous les domaines, les hiérarchies s’effondrent.
  • Demain, à l’exception des dictatures, les seules organisations viables seront fondées sur la conviction et/ou l’intérêt des acteurs qu’elles fédèrent et dont elles structurent le projet commun. De telles organisations seront donc « ouvertes » en même temps qu’évolutives, ce qui pourrait aussi les vouer à disparaître avant de renaître éventuellement sous d’autres formes.

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La civilisation comme illusion (1)

Paul Valéry en 1893

Valéry est un de mes frères en pensée.
À vingt ans comme lui (qui en avait vingt-trois quand il écrivit sa « Soirée »), je me suis rêvé en Monsieur Teste.
Ce “frère”, je le suis resté. Comme Teste, « je me suis préféré » et je n’ai jamais été possédé par « la niaise manie » de mon nom.

De Paul Valéry (1871-1945), c’est moins sûr. Il a donné au public « le temps qu’il faut pour se rendre perceptible » et moi, bon public, j’ai suivi, l’âme vague, ses mystères poétiques.
L’âme vague peut-être mais le cœur froid, ce qui m’a fait préférer Georges Brassens, l’autre poète de Sète. D’où le grand rire qui m’a saisi lorsque j’ai découvert les efforts du colonel Godchot : « Essai de traduction en vers français du « Cimetière marin de Paul Valéry » (1933).

Tout cela n’en est pas moins maigre et sec. C’est donc à un autre Valéry que je reviens (mais je le fais tous les dix ans peut-être, à chaque étape de ma méditation politique), à l’auteur non d’une œuvre mais d’un vertigineux incipit :
« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

Je viens de relire ses « Essais quasi politiques » et certains de ses textes sur l’histoire. Sous le lien que voici, vous trouverez les extraits que j’en garde. Je vous les recommande.

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Changer de paradigme, pourquoi ? (Christian Comeliau)

Cette note s’inscrit dans une série d’échanges récents que j’ai eus avec Pierre NICOLAS pour essayer de préciser le contenu que nous voulons donner à la recherche sur « le changement de paradigme ». Nous sommes tous deux d’accord sur la nécessité d’une réflexion approfondie sur ce thème ; mais nous ne lui donnons pas exactement le même contenu.
Les quelques lignes ci-dessous essaient de mieux expliquer le contenu que je souhaite donner à cette notion.

Voir infra les ouvrages disponibles de Christian Comeliau

Pour tenter d’illustrer la nécessité de cette réflexion de manière concrète, je prends comme point de départ un évènement récent survenu en France et abondamment commenté dans la presse, à savoir la démission de Nicolas Hulot de son poste de Ministre de la Transition Ecologique dans le gouvernement d’Edouard Philippe. Je ne reviens pas sur les détails de cet évènement, dont les grandes lignes sont bien connues, et je me borne à en esquisser trois caractéristiques qui me paraissent utiles lorsqu’il s’agit de définir la recherche évoquée ici.

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Propositions pour un nouveau paradigme

Lorsque, en septembre 2001, le World Trade Center s’est effondré, j’étais depuis six mois retiré de la vie des affaires et désireux de me consacrer à « l’écriture », dans deux domaines : la philosophie politique et le roman.
Depuis, j’ai produit des milliers de pages, plus soucieux de contenus que de publications…
Politiquement, il m’a longtemps semblé que quelque chose pouvait m’échapper qui serait susceptible de changer les proportions de ce que j’avais conçu. J’ai donc avidement suivi l’actualité à la recherche de processus que j’aurais négligés mal compris.Cette incertitude et des contraintes d’ordre personnel m’ont fait différer le « bouclage » du roman, une vaste saga historique dont la trame définitive est structurée par le travail philosophique.
C’est parce que celui-ci était stabilisé que, début 2018, à la faveur d’une amicale invitation, je me suis associé au mouvement convivialiste.

Dix ans plus tôt, à la faveur d’un échange sur les conséquences (intellectuelles) à tirer de l’écroulement des tours du World Trade Center, j’écrivais :

« La question est de savoir s’il y a lieu ou pas de changer de paradigme et comment.
Quand cela se fait, c’est toujours pour des raisons idéologico-politiques ET sur des faits dont on ne peut rendre compte dans le paradigme précédent.
L’écroulement des tours et immeubles 1, 2 et 7 du World Trade Center est un groupe de faits de cet ordre.
Reste à élaborer ce nouveau paradigme.
Il peut être suggéré « artistiquement » et développé intellectuellement, mais ne peut se constituer que par un processus collectif. »

Il me semble – du moins, je l’espère – être parvenu au début de ce processus collectif. Continuer la lecture de « Propositions pour un nouveau paradigme »

Changer de paradigme politique

C’était il y a dix ans, le 6 octobre 2008, dans la suite de réflexions suscitées par un autre anniversaire du « 11 septembre ».
Avec l’un de mes correspondants, je faisais le point sur l’incohérence des thèses officielles concernant l’écroulement des tours du World Trade Center sept ans avant, et sur les lacunes des thèses alternatives.

« La question, disais-je, est de savoir s’il y a lieu ou pas de changer de paradigme et comment.
Quand cela se fait, c’est toujours à la fois pour des raisons idéologico-politiques ET sur des faits dont on ne peut rendre compte dans le paradigme précédent.
L
’écroulement des tours et immeubles 1, 2 et 7 du World Trade Center est un groupe de faits de cet ordre.
Reste à élaborer ce nouveau paradigme. Continuer la lecture de « Changer de paradigme politique »

Sommes-nous prisonniers de notre aveuglement ?

Sommes-nous prisonniers notre aveuglement ou est-ce une protection contre l’insupportable ?

AVEUGLEMENT subst. masc.
A. Rare. Action d'aveugler, de priver quelqu'un de la vue.
B. État d'un être privé du sens de la vue.
   1. Privation définitive, irrémédiable de la vue. Synon. cécité
   2. Baisse momentanée de l'acuité visuelle due à l'intensité trop vive de la lumière. Synon. éblouissement
   3. Au fig. Fait de priver quelqu'un de discernement de sens critique; état d'une personne privée de discernement, de sens critique (notamment sous l'empire de la passion). L'aveuglement de l'esprit est aussi digne de compassion que celui du corps (Ac. 1878, 1932)
    Au plur. Jugements erronés causés par la passion

Avec l’allégorie de la caverne, Platon en évoque les effets…

L’apologue a marqué les esprits, Nous ne l’avons pas oublié… Continuer la lecture de « Sommes-nous prisonniers de notre aveuglement ? »

L’ostracisme, un vice démocratique

L’ostracisme est aujourd’hui manifeste un peu partout. Dans les vieilles « démocraties », il choque plus qu’ailleurs parce qu’on l’y croit contraire aux valeurs fondatrices.
C’est faux.

Pour deux raisons…
La première est que les « démocraties » existantes sont d’abord des « républiques aristocratiques », c’est-à-dire des territoires, des ressources et des populations sous la gouverne d’une « élite » auto-instituée vouée à la préservation de ses intérêts collectifs.
La seconde est que cette élite contrôle la « Cité » en s’alliant « le peuple » au nom duquel, « démocratiquement », elle gouverne. Encore faut-il donner à ce peuple cette apparence de souveraineté qui permet, au “great American people” par exemple (insister sur “great”), d’en déléguer l’exercice à l’élite qui prétend le représenter.  Les procédures électorales et le dispositif constitutionnel sont ici doublés d’une coalescence entre un petit nombre de “dirigeants charismatiques” et « la foule ». Celle-ci, manipulable et méprisée, crainte et souvent misérable, ne tient comme “peuple” (remplissant sa fonction conservatrice) qu’à condition de réactiver périodiquement la distinction nous vs eux qui la fait consister, malgré sa diversité objective et ses dissensions internes.

Fragile alliance donc qu’un échec ou une crise suffisent à mettre en cause. D’où la nécessité où se trouvent les gouvernants insécures de se doter d’une politique d’ostracisme externe (l’ennemi, héréditaire ou cisconstanciel) et interne (les « moins que rien » qui tirent de la Cité des avantages indus). Continuer la lecture de « L’ostracisme, un vice démocratique »

Les méfaits sexuels du clergé, un vice systémique

Ne nous trompons pas sur l’importance de la crise en cours.
Les faits sont énormes (nature, nombre et durée des méfaits perpétrés par des religieux couverts par la hiérarchie catholique) et ceux qu’on tient aujourd’hui pour établis sont manifestement peu de choses par rapport à ceux qui restent à exhumer.

Voir ci-après...
1. Statement of Catholic Theologians, Educators, Parishioners, and Lay Leaders On Clergy Sexual Abuse in the United States
2. Lettre du Pape François au Peuple de Dieu
3. The Grand Jury Report
4. This Church is a Criminal Enterprise
Les deux premiers textes sont superbes.Ils n'effacent rien des affligeants témoignages qui suivent et qui, en vérité, les ont déclenchés.

Les dégâts, pour les victimes, sont irréparables quelle que soient la reconnaissance et les compensations qu’ils pourraient obtenir.
Quand à l’institution ecclésiale enfin, sa ruine est en vue : désaffection des croyants, chute des vocations, abandons de poste, charge écrasante des réparations.
Pour l’Église elle-même, pourtant, il y a plus grave encore : la mise en cause du principe d’autorité qui la fonde en tant qu’institution. Continuer la lecture de « Les méfaits sexuels du clergé, un vice systémique »

The Nobel Peace Prize should go to Wikipedia…

either directly, to acknowledge the exceptional contribution of that collective movement,
or indirectly through its founder (Jimmy Wales) or co-founders (Jimmy Wales and Larry Sanger).
No need to say more if you have any idea about what is and should be the Nobel Peace Prize and Wikipedia. Continuer la lecture de « The Nobel Peace Prize should go to Wikipedia… »

Victor Hugo, discours du 17 juillet 1851 (texte intégral)

Victor Hugo entre dans la postérité par ce discours à l’Assemblée nationale législative le 17 juillet 1851 : avec son “Détruire la misère”, du 9 juillet 1849, c’est l’épithalame des noces du peuple et de la république.
Il comporte, comme il l’avoue lui-même, des “fautes de tribune” mais elles seront bientôt emportées par le coup d’Etat du 2 décembre 1852, l’exil, la parution des Misérables, la guerre de 1870, la chute de l’Empire, l’avènement de la III° République et le retour en France trop tard pour obtenir la présidence à laquelle il avait aspiré pour 1852, mais la gloire tout de même, de poète national, avec son grand train d’obsèques solennelles suivies de l’entrée au Panthéon, dix jours après sa mort. La République encore jeune (c’était en 1885), et fragile encore, se célébrait en celui qui l’avait célébrée à sa dernière occurrence, annoblie de ses mots et longtemps attendue. Continuer la lecture de « Victor Hugo, discours du 17 juillet 1851 (texte intégral) »

Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales

Les conclusions du Congrès des Amis de la Paix qui se tint en août 1849 à Paris furent honorées dans la presse. Comme ils le souhaitaient, ses représentants furent reçus par le Président de la Deuxième République depuis le 20 décembre 1848 : Charles Louis-Napoléon Bonaparte.
Son mandat était de quatre ans et il n’était pas rééligible. Victor Hugo avait donc soutenu sa candidature à l’élection présidentielle d’autant que Lamartine, l’autre gand poète du moment, était candidat lui aussi.

Hugo comptait, quant à lui, se présenter  à la fin du mandat, en 1852. D’où ses engagements ostensiblement républicains, populaires (on dirait aujourd’hui “populistes”) et pacifistes.
Le Prince-Président fut plus rapide. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales »

Les Amis de la Paix 5 – Le libre-échange

Le Congrès des Amis de la Paix Universelle qui se tint à Paris en 1849 fit naturellement la part belle à l’idée de libre-échange. Ne contribuait-elle pas directement à l’amitié entre les peuples ? surtout quand cela se fait avec l’Angleterre, nation commerçante s’il en est.
Richard Cobden (1804-1865), industriel et homme d’État britannique, en est cette année-là le héraut, avec Fédéric Bastiat (1801-1850) qui passe alors pour l’un de ses émules.
Il est vrai que l’admirable Cobden venait d’obtenir l’abolition des Corn Laws protectionnistes et qu’il oeuvrait au rapprochement avec la France. L’Angleterre était aussi industrieuse que la France agricole. Ces deux nations étaient donc complémentaires, ce qu’on voyait d’autant mieux que, dans les deux pays, la bourgeoisie d’affaires supplantait peu à peu l’aristocratie terrienne.
L’anglophile Louis-Napoléon Bonaparte comprenait cela, d’où la signature en 1860 du traité de commerce franco-britannique de libre-échange sur les matières premières et les principaux produits alimentaires, dont Cobden avait été si longtemps l’artisan.

Ne nous trompons pas cependant sur la principale motivation de “Napoléon le Petit“. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 5 – Le libre-échange »

Les Amis de la Paix 4 – L’idéalisme

Tous les participants au Congrès de la paix de 1849 sont des « idéalistes » en ce sens qu’ils choisissent de voir le monde comme il devrait être plutôt que comme il est.

« Ils savent croire », comme les en félicite Athanase Coquerel, « avec suite, avec fermeté, avec persévérance ». Cette vertueuse obstination, pourtant, comporte un risque. En refusant que les échecs nous découragent, il arrive qu’on se refuse au doute parce qu’on le confond avec la tentation du renoncement. On ne peut plus alors s’interroger sur les principes qui nous guident, les réalités sur lesquels on tente d’agir et les systèmes auxquels, volens nolens, on participe. La voie est ainsi grande ouverte à toutes les formes d’illusion, de fondamentalisme et de compromission.

Les Actes du Congrès de 1849 illustrent ces trois tendances. Ne nous en étonnons pas : pour les idéalismes politiques, ce sont des maladies endémiques. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 4 – L’idéalisme »

Les Amis de la Paix 3 – Désarmer pour FAIRE la paix

Toutes les questions (et à peu près toutes les solutions) liées au désarmement furent explorées au cours du Congrès international des Amis de la Paix universelle réuni à Paris en 1849. Nous savons leur peu d’effet.

Ce rêve remonte à loin. Citons par exemple canon 39 du Deuxième concile de Latran (1139) : « Nous défendons sous peine d’anathème que cet art meurtrier et haï de Dieu qui est celui des arbalétriers et des archers soit exercé à l’avenir contre des chrétiens et des catholiques ».
Ce qui mettra fin à l’arbalète comme arme de guerre, c’est l’arme à feu !

Autre exemple…
L’interdiction des tournois (canon 14) sous peine de se voir refuser la sépulture chrétienne n’a pas eu plus d’effet. Si la pratique a disparu, c’est trois siècles plus tard en France parce que le roi Henri II de Valois mourut en 1559 des suites de la joute qu’il avait organisée pour célébrer la paix de Cateau-Cambrésis. Il entendait montrer qu’il avait toujours “bon ceur” (à se battre) alors que le traité qu’il venait de signer mettait fin de ses ambitions italiennes. Cette réconciliation entre la France et l’Espagne ne fit évidemment qu’armer le ressort conflictuel qui conduit un siècle et demi après au Grand Dessein” d’Henri IV. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 3 – Désarmer pour FAIRE la paix »