La présente pandémie du point de vue d’Ivan Illich

Interprète autorisé d’Ivan Illich (1926-2002), David Cayley a publié le 8 avril 2020 un article intitulé : « Questions about the current pandemic from the point of view of Ivan Illich“.

Il s’agit là d’un essai puissant, nuancé, profond, riche et novateur : il desserre les nœuds coulants conceptuels qui nous étranglent et nous attachent « aux systèmes » du moment, ceux qui nous ont conduit à la crise.

Les quelques limites de ce texte sont largement imputables à sa date de publication : on en savait moins le 8 avril qu’aujourd’hui.
Peu importe. Il ne s’agissait pas pour l’auteur de définir ce qu’il fallait faire dans tel ou tel pays, à tel ou tel instant, mais de proposer une réflexion à long terme sur les concepts qui prédéterminent nos réactions face à la pandémie.

Illich fait deux critiques à la modernité telle que nous la connaissons…

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Il y a de la dystopie dans l’air

En Chine, comme ailleurs dont la France, la majorité de nos populations entre en mode survie, cela change nos cultures. Avec le virus et la déflation, il y a de la dystopie dans l’air.

Voyez cet excellent reportage de Bloomberg sur la façon dont les habitants de Wuhan s’adaptent.

Un voyageur en attente à la gare
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Ce que les sachants choisissent d’ignorer

Le présent confinement est l’accident planétaire qui soudain nous confronte à notre ignorance radicale, à ce que les prétentieux savoirs quotidiens choisissent d’ignorer : l’inconnaissance.

J’en ai proposé une première analyse en 1990 dans un ouvrage intitulé :
La Cité de la Parole. Éditions L’ŒUVRIER. 192 p.

L’expérience du confinement est le moment de relire le chapitre correspondant…

Dans le nuage d’inconnaissance

Le danger qu’on apprivoise écarte la folie.

Des rives de la mort à la vie collective,  le vieux Charon seul est humain : pour gagner l’obole des vivants, il faut agir en passeur d’âmes.

Enfants du rêve progressiste, nous bâtissons comme les deux premiers des Trois petits cochons : maison de paille, maison de branches, la vie est belle…
Qui se souvient du loup ?

Mais  les tempêtes,  la mort,  et quelquefois  l’épidémie,  viennent nous  rappeler  qu’il  est  dehors  quelque  chose,  et que  cela  peut frapper fort, jusque dedans, au beau milieu de la tranquillité.

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Les priorités que nous enseigne le confinement


3 milliards de personnes Ͼonfinées dans le monde, un traumatisme planétaire, toutes des situations bien différentes et pourtant des intérêts Ͼommuns synchronisés par un événement planétaire, peut-être périodique…
Des formations politiques naîtront un peu partout qui mettront au Ͼentre les préoccupations collectives nées du Ͼonfinement.
Peut-être se reconnaîtront-elles dans ce symbole oublié mais si parlant, universel même en ces temps de Ͼommunication digitale : on le trouve sur tous nos Ͼlaviers. C’est le sigma lunaire pointé des Grecs, soit dans nos traitements de texte, le Ͼaractère O3FE de l’ Unicode hexadécimal : Ͼ .

Nous nous sommes organisés pour optimiser en fonction de ce qui est le plus probable, et donc le plus profitable, sans tenir compte de ce qui est le plus dangereux, qui pourrait nous tuer.
Mais on vit mal dans la crainte, tandis que le désir est promesse de joie. Nous préférons donc parier que tout ira bien, et tant pis pour ceux qui n’ont pas de chance.
C’est aussi ce que pensent les pauvres. Ils prennent ce qu’on leur laisse. Il est rationnel pour eux de vivre et planter sur les flancs du volcan parce que la terre y est meilleure qu’ailleurs mais, à la catastrophe, on s’étonne : qu’allaient-ils donc faire là ?

Mais n’est-il pas évident que, manque de masques, manque de lits, manque d’hôpitaux, manque de recherche, nous pensons comme eux ?
Que sommes-nous donc allés faire dans cet avenir insupportable ?

S’envoler, c’était le rêve d’Icare mais, sans parachute, c’était déraisonnable.

Or l’homme ne fait rien d’important sans coopération et ne saurait coopérer intelligemment sans réciprocité.
Quand il s’agit de faire plus, on parle d’esprit d’entreprise.
Quand il s’agit de parer aux risques, on parle de solidarité.

Réimaginer, repenser, redessiner nos solidarités, favoriser toutes celles qui s’amorcent, telles sont les priorités que nous enseigne le Ͼonfinement.

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Quand vous sortirez du confinement…

Illustration dérivée d’un article “frère” qui suggère le Projet d’une grande Transition vers une société du bien vivre

que ferez-vous ? que ferons-nous ?

Pendant le cloisonnement, on a le temps d’y réfléchir.
En guise de lecture pour temps d’épidémie, puisque nous disent nos dirigeants “nous sommes en guerre“, méditons la proposition que Marcel Mauss faisait au lendemain d’une vraie guerre, “la Grande” qui aurait dû être la “der des der“…

et si c’était Table Ronde ?

Les sociétés ont progressé dans la mesure où elles-mêmes, leurs sous-groupes et enfin leurs individus, ont su stabiliser leurs rapports, donner, recevoir, et enfin, rendre.

Pour commercer, il fallut d’abord savoir poser les lances. C’est alors qu’on a réussi à échanger les biens et les personnes, non plus seulement de clans à clans, mais de tribus à tribus et de nations à nations et – surtout – d’individus à individus.
C’est seulement ensuite que les gens ont su se créer, se satisfaire mutuellement des intérêts, et enfin, les défendre sans avoir à recourir aux armes. C’est ainsi que le clan, la tribu, les peuples ont su – et c’est ainsi que demain, dans notre monde dit civilisé, les classes et les nations et aussi les individus, doivent savoir – s’opposer sans se massacrer et se donner sans se sacrifier les uns aux autres. C’est là un des secrets permanents de leur sagesse et de leur solidarité.

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Covid-19 Figures and questions as of May 18, 2020

The following data come from the excellent Worldometers website.
This selection is the basis for the questions on which, at the end of the article, I conclude.

Ranking of countries by number of cases on March 18

Comparisons

The initial panic is explained by the explosion of numbers in China in the Wuhan region.

  • Every year an estimated 290,000 to 650,000 people die in the world due to complications from seasonal influenza (flu) viruses. This figure corresponds to 795 to 1,781 deaths per day due to the seasonal flu.
  • SARS (November 2002 to July 2003): was a coronavirus that originated from Beijing, China, spread to 29 countries, and resulted in 8,096 people infected with 774 deaths (fatality rate of 9.6%). Considering that SARS ended up infecting 5,237 people in mainland China, Wuhan Coronavirus surpassed SARS on January 29, 2020, when Chinese officials confirmed 5,974 cases of the novel coronavirus (2019-nCoV). One day later, on January 30, 2020 the novel coronavirus cases surpassed even the 8,096 cases worldwide which were the final SARS count in 2003.
  • MERS (in 2012) killed 858 people out of the 2,494 infected (fatality rate of 34.4%).

Ranking of countries by number of deaths on March 18

It is confirmed by the explosion of figures in Italy, Iran, Spain, France and now the USA.

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Revenir au réel

(Peintures de Joel Rea)

Amis idéalistes, examinons nos réactions aux désastres annoncés.
Pour nous y opposer, nous écrivons sur le permis et l’interdit, sur les principes à adopter, les règles à mettre en place, les idées à répandre.

Ne voyez-vous pas qu’il est vain de se dresser, vaillant huissier, à la porte de l’ouragan pour lui lire ses droits avant saisie ?

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De la France au Sahel et des prétendues forces du bien

Après sept ans de guerre, l’échec est évident sur tous les plans.
On pouvait le prévoir dès le départ mais, quand la France (l’Assemblée nationale, les élus, nous tous), s’est découverte en guerre, c’était trop tard.
Ce 11 février 2013, notre président l’avait décidé en toute illégalité.
Sur un appel au secours du président malien par intérim, Dioncounda Traoré, François Hollande tranche « en quelques minutes » comme il l’avoue dans ses « Leçons du pouvoir » (Stok 2018, 415 p.) : « Seule une intervention de la France peut arrêter » la colonne djihadiste qui fonce vers Bamako.
Les frappes aériennes ne suffiront pas, il faut des troupes au sol.
Il appelle cela « intervention ». C’est une guerre.

Pour quelles raisons la décide-t-il ?

François Hollande se dit avoir été « bouleversé » par le SOS qu’on lui adresse au nom d’un “peuple martyrisé ». Mais la sensiblerie, ce n’est pas ce qu’on demande à un président, ni qu’à ses yeux sous un prétexte humanitaire « la raison d’État pèse peu face à la détresse ».

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Falsifier la démocratie (l’exemple du Wisconsin)

Dans une démocratie d’apparence, l’ignorance vous désigne comme victime.

Montrez les vidéos ci-après aux jeunes ignorants qui vous entourent. Elles comportent pour eux une leçon salutaire.

Voici comment, dans le respect des procédures, on fait passer « aux aveux » un jeune manipulable.
Tout est corrompu dans les interrogatoires que ces enregistrements nous font découvrir, tout sauf la procédure qui obligeait les policiers à filmer les entretiens.
On les y voit (difficilement) conduire un adolescent de 16 ans à de prétendus aveux par monosyllabes. Ne comprenant rien des enjeux, celui-ci se montre seulement pressé de revenir au collège dont on l’a extrait de force, sans avocat bien sûr.

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La possibilité du Nous

Je retrouve ce texte publié le 20 mai 2013 sur Notionis, mon blog précédent…
Texte d’inspiration, ligne de conduite sous-jacente à tout ce que je fais ou cherche, mots oubliés redécouverts, surprenants comme s’ils me venaient aujourd’hui en commentaire aux débats et questions du moment…

La possibilité du Nous

Nous ne sommes pas un parti, ni un groupe, ni un camp, ni une coterie car il n’y a pas de Contre qui puisse nous définir. Et pourtant j’écris Nous alors qu’à cet instant je suis seul à écrire.

Alors pourquoi ?

J’écris Nous parce qu’on ne pense pas seul et qu’il n’est rien que l’on puisse dire à soi. Ce sont les autres qui décident.

Parce que la pensée ne vaut qu’à éclairer l’action et que l’action qui vaut est collective.

Parce qu’ainsi le Nous est déjà là, au cœur même du Je qui pense et qui agit, un Nous en devenir constant.

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Le Messie technologique

À part  Mélenchon, y a-t-il des gens capables de bilocation ?
On le dit de quelques « saints » comme Padre Pio qui, en outre, pénétrant votre conscience au plus profond, vous faisait confesser des péchés que vous vous obstiniez à cacher.
« L’intelligence artificielle » désormais fait aussi bien, plus encore peut-être…

Cette dame est non seulement capable de multi-location mais elle parle votre langue, le japonais par exemple.
N’importe quelle langue… Du moins, celles sur lesquelles on est prêt à investir des millions de dollars.
En outre, convenablement couplée aux réseaux sociaux, elle en sait plus sur vous que vous n’aimeriez.

Et voilà, le grand moment est arrivé.

Abandonnez-vous à sa tendresse.
Le Messie technologique est arrivé(e) parmi nous.
Comme vous le voyez, c’est une femme.
Légèrement androgyne c’est vrai, mais on peut arranger ça : ce n’était que pour plaire à Platon.

L’amour universel, vous dis-je, enfin la Bonne Nouvelle Artificielle : il y en aura pour tout le monde… enfin, surtout pour les croyants qui seront au bon endroit !

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Les hommes ? Ce sont ceux qui se battent…

En concluant mon précédent billet, j’ai pensé à ce mot de Léon-Paul Fargue :

«  Dans la confusion du Jugement Dernier, quand il s’agira de séparer les hommes des taupes, des chrysanthèmes, des nuages, des aloses, des aurores ou des cascades, le fourrier et le greffier de la dernière heure s’écrieront  :
« Les hommes ? Ce sont ceux qui se battent… »

C’est ainsi qu’il conclut son « Bagarreurs », une plainte de temps de guerre qu’il inséra dans les « Déjeuners de soleil » publiés en 1942.

Adoubé « surréaliste », Léon-Paul Fargue (1876-1947) écarta cet encombrant honneur. Il continua cependant de voir André Breton, tout en restant ou devenant l’ami de tous (Mallarmé, Jarry, Henri de Régnier, Valéry, Schwob, Claudel, Debussy, Gide, Ravel, Auric et Valéry Larbaud).
Lors d’un déjeuner avec Pablo Picasso, en 1943, un AVC le rendit hémiplégique. Il écrivit cependant jusqu’à sa mort en 1947.
Poète de toujours et chroniqueur, il était le frère en écriture de Colette, une amie aussi, toute en charmes également, mais réaliste.

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Féminicides

Oui, c’est l’horreur mais, pour ne pas former de guerriers au foyer, il ne faut pas non plus faire de guerre aux frontières.
Or on veut l’un et fait l’autre.

Protester au nom des femmes, c’est bien, mais voyons au-delà. Ce n’est qu’un début, continuons le…

Pas « le combat » tout de même !
Il est temps d’inventer de nouvelles façons de faire et refaire société.

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Des pouvoirs du maire face au globalitaire

Daniel Cueff, maire de Langouët en Bretagne, est connu pour avoir promulgué un arrêté interdisant l’utilisation des pesticides à moins de 150 mètres des habitations.
La cause est sympathique et je la crois juste mais ce qui m’intéresse, c’est surtout la réponse de Daniel Cueff, le 20 juin 2019, au recours gracieux formulé par la préfète d’Îlle-et-Vilaine. Ce n’est pas une nouvelle du jour mais je n’avais pas encore lu ce texte.
Or il y a là un chef-d’œuvre d’argumentation juridique et administrative, extrêmement serrée, sur une question à grandes conséquences : la réaffirmation du local dans un réseau d’institutions économiques et juridiques sous l’emprise abusive du global, autrement dit face au “globalitaire“.

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Voter au temps des apprentis sorciers

Voici un exposé clair du raisonnement qui a été tenu par Steve Bannon pour actionner Robert Mercer, Strategic Communication Laboratories et le département spécialisé dans les élections américaines, (voire le Brexit) qui, sous la houlette d’Alexander Nix, est devenu Cambridge Analytica.

Christopher Wylie interrogé par la journaliste Carole Cadwalladr

Soit en français et en substance la recette suivante…

Briser la société en morceaux

Si vous voulez fondamentalement changer une société, et donc prendre le contrôle de sa politique, comme les options de celle-ci sont définies et stabilisées par sa culture, vous devez d’abord la briser en morceaux.
C’est ce que permet le micro-ciblage politique des éléments fragiles des processus électoraux. Sélectionnez alors dans ces éclats ceux qui entrent dans votre vision et réassemblez-les comme vous pouvez.

Cette approche dérive des travaux de l’armée française sur la « guerre psychologique » (lors de la guerre d’Indochine, puis de la guerre d’Algérie). Les AngloSaxons ensuite l’ont informatisée, diversifiée, puis généralisée par la grâce des « médias sociaux ».

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Graphistes de tous les pays, unissez-vous !

Etant des visuels, vous pensez en images. Que voyez-vous dans cette mise en parallèle ?
Cela ressemble au jeu des sept erreurs mais il y en a plus et c’est plus.
Votre art est important. Il marque les esprits et, uni à l’évènement, il arrive qu’il pénètre en profondeur dans les comportements…

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Le Capitalisme ou des oligarchies ?

François Bégaudeau parle clair. Agrégé de lettres qui a été prof et qui est aujourd’hui écrivain multicartes, il se situe dans « la gauche radicale », à la croisée de l’anarchisme et du marxisme.

Sa définition de la gauche a retenu mon attention.
« Être de gauche, c’est… penser que le capitalisme est fondamentalement destructeur et qu’il n’est pas amendable. Si vous considérez que le capitalisme est amendable, reformez le parti socialiste et puis amendez-le, puis perdez et ridiculisez les classes populaires une nouvelle fois. Non, le capitalisme n’est pas amendable. Est-ce que pour autant il est révolutionnable, est-ce qu’il est dépassable ? C’est une question mais je suis sûr qu’il n’est pas amendable. Il mènera à la destruction qui est incluse dans son programme. »

Source : Entretien Thinkerview du 18 février 2019. François Bégaudeau : Gilets Jaunes, Populisme, Bourgeois ? (circa 29’ et s.)

J’objecte à cela que « le capitalisme » est une notion abstraite, un objet imaginaire, un sac fourre-tout dans lequel on associe nombre d’acteurs et de mécanismes sociaux d’une hétérogénéité telle que toute analyse politique à son propos est inefficace ou contre-productive, comme le sont, sur le terrain moral ou religieux, les analyses qui prétendent combattre le mal, le vaincre ou limiter son action.

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Vivre et mourir de l’inégalité (les souvenirs d’enfance d’Alexandre Herzen)

Alexandre Ivanovitch Herzen (1812-1870) est le plus marquant des socialistes russes. D’origine aristocratique, il fut constamment suspecté sous Nicolas Ier et condamné à l’exil à partir de 1847. Son errance en France, en Italie, en Suisse et finalement à Londres, lui fit côtoyer les progressistes et activistes du moment.

L’échec de la révolution de 1848 et des mouvements armés associés (Pologne, Italie…) le conduisit à s’élever contre l’aventurisme (Bakounine, Herwegh) et le projet de dictature du prolétariat formulé par Marx et Engels.

Son refus de l’ordre existant était essentiellement moral, donc non-violent. Essayiste et publiciste, proche idéologiquement de Saint-Simon et Fourier, il collabora un moment avec Proudhon, puis concentra ses efforts sur la Russie (abolition du servage) en se prononçant pour un socialisme libertaire qui se développerait à partir de la commune rurale traditionnelle (mir).

Herzen influencera tous les penseurs russes non-violents du XIXe et du XXe siècle, à commencer par Tolstoï et Dostoïevski.

Journaliste d’opinion, convaincu que ses idées avaient leur source dans son expérience, il fut aussi un mémorialiste très admiré ainsi qu’un émouvant conteur. On peut en juger dans l’extrait ci-dessous du premier volume de « Passé et Méditations » (Byloie i Doumy), un recueil qui va de l’enfance à 1868.

Alexandre Herzen. Passé et Méditations (Byloie i Doumy)
Présenté, traduit et commenté par Daria Olivier.
Éditions L’Âge d’Homme (1974. 470 p.)
Ch. II. pp. 57-72.

[Cet ouvrage est malheureusement épuisé. Pourtant, il touche tous les lecteurs capables d’entrer dans un « grand roman », particulièrement ceux qui perçoivent combien le XIX° siècle éclaire notre temps. Avis aux éditeurs : le Passé et méditations d’Alexandre Herzen mérite une édition en poche ou dans LA COLLECTION BOUQUINS.

Des intertitres ont été introduits sur ce blog.]

Il y a là un témoignage intime sur la vie d’une famille moscovite sous Alexandre Ier. On y voit ce que les extrêmes inégalités font aux personnes, maîtres et serfs domestiques en l’occurrence. C’est touchant, juste, sensible et révoltant.

Pourquoi lire Herzen aujourd’hui ?

Pour sentir au plus nu.
C’est vital parce que l’histoire va en spirale.
Les gilets jaunes, sans-papiers, réfugiés, clochards et handicapés d’aujourd’hui n’ont pas le statut des serfs de la vieille Russie, c’est vrai, mais ils sont le nom pour nous des inégalités et, plus que jamais, nous les voyons.

Ces inégalités, des chiffres les mesurent, des images les exposent et, à chaque instant, la même question se pose : jusqu’où ?
Ça craque de partout, la fragilité systémique du monde contemporain saute aux yeux.
Sous le regard de l’enfant Herzen, c’était celle de l’empire. Nous savons ce qu’il est devenu…

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Y’a pas l’feu ? Mais si !

L’incendie de Notre-Dame est le troisième du genre.

1. Les aspects techniques

Deux autres catastrophiques restaurations de charpente l’ont précédé.

La première fois (la cathédrale de Nantes en 1972), c’est une erreur.

La deuxième fois (la basilique de Nantes en 2015), ça montre qu’on n’a toujours pas compris.

Ce n'est pas un problème de surveillance...
« Une première alerte incendie s'est déclenchée à 18 h 20, a indiqué le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, lors d'un point presse ce mardi midi. Elle a été « suivie d'une procédure de levée de doute, mais aucun départ de feu n'a été constaté ». Une deuxième alerte se déclenche peu avant 19 heures, et cette fois, le feu est « constaté au niveau de la charpente.
Des pompiers de service sont présents 24 heures sur 24 dans la cathédrale, en complément du système de détection d'incendie, comme l'explique l'architecte en chef des monuments historiques dans un entretien au Point. Ils « montent trois fois par jour sous la charpente pour voir l'état des lieux, donc elle est surveillée », a précisé sur France Inter le recteur de la cathédrale, Mgr Chauvet. « Au niveau de la sécurité, je ne crois pas qu'on pouvait faire plus », estime-t-il.

C'est donc ailleurs qu'il faut chercher...
Voici une explication technique plausible et, je crois, importante (merci à Jean-François Raux de me l'avoir fait découvrir, bien que je n'en connaisse l'auteur):
« On soude des éléments métalliques tels que chéneaux en zinc, posés sur des éléments de charpente en bois, qui sont portées localement à plus de 270°. Même à l'abri de l'air, une réaction de pyrolyse démarre, et continue silencieusement, car exothermique. Cette réaction progresse dans la pièce de bois et gagne de proche en proche jusqu'à atteindre une partie exposée à l'air, ce qui permet enfin à la fumée de s'échapper. Il est alors trop tard pour éviter l'incendie car cette fumée remplie de radicaux libres s'enflamme alors immédiatement (tétraèdre du feu). Ce processus reste discret avant l'éclatement de l'incendie, puisqu'aucune fumée ne pouvait s'échapper avant que la pyrolyse (dite encore improprement « combustion lente » ou sans flamme) atteigne une partie exposée à l'oxygène de l'air.
C'est aussi ce qui explique que ce type d'incendie éclate avec retard, c'est-à-dire jusqu'à plusieurs heures après la cessation des travaux. »
N.B. Le même auteur mentionne comme incendies similaires le château de Mesnières-en-Braye (2004) et l’hôtel Lambert (2013).

La troisième fois, c’est une faute et la question se pose alors : qui l’a commise et pourquoi ?

2. La désaffection des “communs”

Pour Notre-Dame, on trouvera peut-être des lampistes, mais la raison est budgétaire : trop peu d’argent, trop tard et, finalement, ce sera beaucoup plus.

Pourquoi ? Continuer la lecture de « Y’a pas l’feu ? Mais si ! »

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The Great Fire of Notre-Dame

My wife and I are quite surprised to see how moving is such an event for us.

The tender memories we have inside and around Notre-Dame are not enough to explain that emotion. More than personal,  it’s a collective one, shared by Parisian, French, Christian, European, Occidental people. We have received mails from all over the world.

It has to do with the historical and the symbolic charge of such a monument but also to the fact that, from everywhere in the world everyone saw the spectacular burning of a “common house“.

A common house was burning yesterday night, as an evocation of all the destroyed common houses, including the recent killing spree in New Zealand Christchurch’s mosques.

Happily it was an accident that caused this 4/15 catastrophe, not a combination of wills to destroy as in 9/11, that open door to hell, but there is a common factor between the two catastrophes: Notre-Dame de Paris has been ruined by a miscalculated maintenance program. I believe we will soon discover how they foolishly spared money on some security measures.

The great fire of Notre-Dame will not trigger a war.
I would like it to trigger more shared concern for the Commons.

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