Secret de la démocratie : l’asservissement d’autrui

Lorsque Sieyès en 1789 observe que « nous sommes forcés de ne voir, dans la plus grande partie des hommes, que des machines de travail », il le fait en parfaite continuité avec « les pères fondateurs » (dans notre tradition) de l’idée de « démocratie ».
À Athènes, la décision politique est débattue directement entre les seuls citoyens, c’est-à-dire entre ceux qui, statutairement et matériellement libérés des contraintes quotidiennes par le travail des esclaves, sont ouverts à la connaissance et aptes à l’exprimer.

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Barbara Ehrenreich (1941-2022)

Barbara Ehrenreich vient de mourir à 81 ans. Généreuse militante, chroniqueuse originale et profonde, ceux qui rapportent sa mort mettent l’accent sur les grandes causes (femmes, inégalités, politiques de santé, idéologies de la classe moyenne…) auxquelles son nom est désormais attaché.

Voir…

https://www.puffinfoundation.org/barbara-ehrenreich/

https://en.wikipedia.org/wiki/Barbara_Ehrenreich

https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_Ehrenreich

Pour ma part, j’ai surtout été marqué par…

Blood Rites: Origins and History of the Passions of War (1997),

un essai d’anthropologie qui est resté marginal dans son œuvre.

J’en ai rendu compte sur mon blog dans un article détaillé :

Nous sommes des proies depuis toujours

Depuis, je ne cesse de me référer à Barbara Ehrenreich…

Toutes nos traditions, toutes nos institutions, toutes nos croyances, portent la marque de l’effroi ressenti par nos ancêtres archaïques devant les prédateurs souverains face auxquels l’humanité, pour survivre, a dû s’imaginer.

De la catastrophe au Pakistan à l’eunomie internationale

[English version below]

35 millions de personnes déplacées, des milliers de morts, la destruction massive des champs et du bétail, la famine et les épidémies à venir, ne seront pas surmontées sans repenser profondément les systèmes mis en avant par les « pays du Nord ». Comme partout ailleurs, le jeu de la dette a enrichi les élites locales pour les asservir aux intérêts des États-Unis pendant la guerre froide, puis la guerre au terrorisme. C’est ensuite aux pauvres qu’on demande de rembourser cette dette dans le cadre du plan d’austérité imposé par le Fonds Monétaire International.
Le Pakistan est aux abois.

Puissances et puissants n’oublieront certes pas qu’il détient l’arme atomique. Leurs intentions ne bénéficieront donc durablement qu’aux affairistes de l’aristocratie, de l’immobilier et de l’armée.

Voyons plutôt qu’une catastrophe de cette ampleur peut donner le départ à l’élaboration collective d’un ordre international alternatif qui traiterait sérieusement des questions posées par l’histoire mondiale des injustices, de l’impérialisme et du capitalisme. Une telle perspective associerait les initiatives de ceux qui, au Nord de la planète, combattent le militarisme, le nationalisme et l’addiction aux énergies fossiles, avec celles de ceux qui, au Sud, combattent l’exploitation par les élites locales, les pays étrangers, et les institutions financières internationales.

En d’autres termes, plutôt que de s’en tenir à de très limitées et temporaires initiatives humanitaires, il est ici question de prendre appui sur les contradictions du présent pour imaginer et construire un autre avenir pour tous, qui soit durable, solidaire et audacieux.

Une « eunomie » (« bon ordre ») internationale aurait dit Solon.

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Climat… Militantisme, action collective et débat

Radio France engage un tournant environnemental : « NOUS NOUS TENONS RESOLUMENT DU COTE DE LA SCIENCE, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine. Elle est un fait scientifique établi, pas une opinion parmi d’autres. »

[Voir infra le Manifeste de radio France]

Je suis content de découvrir cette déclaration de politique éditoriale, elle a le mérite d’être claire et idéologiquement cohérente.
Ailleurs, dans d’autres médias, on tient d’autres propos, l’on promeut d’autres croyances et se donne d’autres priorités.
De telles « politiques » restent souvent implicites. Des initiés, le cas échéant, les affinent, les font évoluer mais leur « cela va sans dire » suffit pour manager une équipe rédactionnelle sans que le tribunal de l’opinion s’en saisisse..
Mérite additionnel de cette solution : elle permet de maintenir la fiction de l’indépendance des journalistes à l’égard des propriétaires du journal.

Donc merci à Radio France, chaîne de service public, d’exister et de faire connaître ses choix éditoriaux.

Ce parti pris de se situer « du côté de la science » est assez proche du mien pour que je continue à m’intéresser aux productions de Radio France.

En revanche, l’idée de « sortir la crise climatique du champ du débat » est une erreur, et ceci pour trois raisons : politique, scientifique et cognitive…

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À quelque chose, bévue est bonne ? oui mais à quoi ?

Dans un discours international en tant que Chef d’État, Biden a proclamé son « indignation morale ».

Cela n’aurait de sens que dans un rapport entre personnes libres de mettre de fin à leur relation.

Un tel accès de moralisme est donc hors de propos.

Un dérapage ?

Il y a là un « dérapage » analogue à celui de De Gaulle à Montréal en 1967 (« Vive le Québec libre ! »). Les naïfs mirent cette bévue au compte de la fatigue et l’âge du général (77 ans).

La comparaison est donc parfaite avec celle de Joe Biden en 2022.

Dans les deux cas, un chef d’État étranger proclame qu’on « assiste ici à l’avènement d’un peuple qui dans tous les domaines veut disposer de lui-même et prendre en main ses destinées. » » (Charles De Gaulle, Québec, le 23 juillet 1967). Quant à Joe Biden, alors que la Russie est en guerre contre l’Ukraine qu’il soutient, à Varsovie, capitale d’une Pologne qui a des frontières communes avec l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie (par Kaliningrad), il déclare que « Pour l’amour de Dieu, cet homme (Vladimir Poutine) ne peut pas rester au pouvoir ! ».

Dans les deux cas…

Ces présidents jouent consciemment des résonances de l’histoire…

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Ukraine – Jeux pervers

Sous la présidence d’Emmanuel Macron, et cette malencontreuse présidence de l’Union européenne dont il n’a su s’abstenir [1], nous voici embarqués dans un jeu débile pour adolescents risque-tout.

[1] La proximité des élections présidentielles françaises l’y invitait. Cette décision prise, la guerre changea la donne. Requis de parler pour toute l’Europe qui est l’otage des États-Unis, il a été empêché de parler spécifiquement pour la France.

Oublieux de notre propre fragilité, nous avons déclaré une guerre économique dont nous sortirons par des faillites en cascade et des vies ruinées bien au-delà de ce qui s’est passé en 2008.

Ensuite, renouvelant les enchevêtrements d’alliance qui ont conduit aux deux guerres mondiales, nous sommes devenus de fait des co-belligérants. Avec de l’aide humanitaire et des livraisons d’armes à l’Ukraine, sous prétexte d’aider sa courageuse résistance, nous prolongeons le supplice de ce pays déjà pauvre et déchiré avant cette guerre. Il n’en restera demain que des ruines.

« Bon calcul, diront les cyniques, pourvu que ça reste chez eux ! ».

Ainsi pensons-nous « à l’Ouest », surtout si c’est outre-Atlantique.

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Zelensky a cassé son vélo… et l’Ukraine

Yuval Noah Harari se réjouissait le 28 février que Poutine ait, disait-il, « perdu sa guerre »

Le 1er mars, Bruno Le Maire déclarait que la France et l’Union européenne allaient « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie », dans l’objectif assumé de « provoquer l’effondrement de l’économie russe ».
Qu’il soit revenu en arrière depuis en parlant diplomatiquement de « stratégie de désescalade », devrait sauver sa carrière mais ne trompera personne.

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Dans une guerre, tous les combattants sont des perdants (dans celle-ci, même si elle se termine vite et « bien », ce sera la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, les pays limitrophes, l’Europe) mais pas ceux qui les actionnent de loin.

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Plutôt que Mao, juger nos idéaux

L’histoire ne repasse pas les plats, c’est une affaire entendue mais je saisis l’occasion d’un documentaire sur LCP intitulé :

Chine : à quand le jugement de Mao ?

pour faire le point sur ce que je crois savoir de l’aventure maoïste, m’en rappeler la chronologie et me demander ce que j’en pense.

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L’Arc de Triomphe est emballé, qui va l’emporter ?

English translation below

Napoléon fut un désastre pour la France et l’Europe. Je suis donc fermement opposé à l’idée de le célébrer à l’occasion du deux-centième anniversaire de sa mort en exil.
Plutôt que de commémorer l’exil de ce criminel, c’est la guerre elle-même qu’il nous faut exiler.

Exilons l’arche de la guerre

L’Arc de Triomphe fut élevé pour consoler les Français bellicistes des défaites et des guerres désastreuses que les aventures napoléoniennes ont entraînées. Maintenant que l’Arc de la Honte est emballé, j’attends des déménageurs qu’ils terminent le travail et emportent ce monument pervers.

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Notre devoir d’être des garde-fous pour autrui

Olivier Maire – Emmanuel Abayisenga

Merci à Cécile Murray pour cet utile et touchant témoignage sur Emmanuel Abayisenga, cet immigré inconnu (comme le soldat du même nom) avant que, lamentablement, il s’affuble des qualificatifs indélébiles d’incendiaire et d’assassin.

Les traumatismes personnels et la destruction des entourages rendent fou. Nous produisons de tels fous, tous les jours dans les pays que nous martyrisons, en quantité industrielle comme les armes dont nous faisons parade.

Ces victimes, notre but n’a jamais été de les sauver mais de nous en débarrasser. Quelques rescapés abordent à nos rives mais – fous d’ailleurs ou d’ici – c’est pareil : nous ne savons qu’en faire. Les exigences de la vie « normée » (celle que l’on prétend « normale ») ne sont pas faites pour les grands blessés ni les handicapés, physiques ou psychiatriques.

Faire ou pas faire quelque chose pour eux ? Si l’insertion semble à portée, c’est un pari qu’on peut tenter. Au-delà, on entre dans l’inhumain.

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Open-mindedness, the long march

Voir en français : Ouverture des esprits, la longue marche

Here is a modest, clever and spectacular contribution to the opening of minds.

In the course (2016) of this (42-minute) BBC program (Global philosopher), Michael Sandel (Harvard) asks 60 educated young people from 30 countries to speak out on various climate change issues.

Technically, it is difficult to do better.

As for the content, it is exemplary (there is a debate) and educational (presentation of the problem and of some ideas).

However, do not expect anything in terms of action (we are not here for that)… The professional philosopher concludes with a pro domo plea: let’s keep thinking!

So why should we care about this little media masterpiece?

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Ouverture des esprits, la longue marche

English version: Open-mindedness, the long march

Voici une modeste, astucieuse et spectaculaire contribution à l’ouverture des esprits.

Au cours (2016) de cette émission (42 minutes) de la BBC (Global philosopher), Michael Sandel (Harvard) demande à 60 personnes (jeunes éduqués) venant de 30 pays de s’exprimer sur diverses questions relatives au changement climatique.

Techniquement, il est difficile de faire mieux.

Quant au contenu, c’est exemplaire (il y a débat) et pédagogique (présentation du problème et de quelques idées).

N’en attendez cependant rien pour l’action (on n’est pas là pour ça)… Le philosophe professionnel conclut par un plaidoyer pro domo : continuons à réfléchir !

Alors, pourquoi s’intéresser à ce petit chef-d’œuvre médiatique ?

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Au delà du dépassement des conflits

Les histoires intéressantes ou importantes portent toutes sur le dépassement d’un conflit ou d’une opposition qui, pendant l’aventure, devient structurante, créatrice d’« identités ».

Deux lectures recommandées pour approfondir ce thème…

  • Sur la question « Comment des groupes humains se constituent en société ? » : Maurice Godelier. Au fondement des sociétés humaines. Ce que nous apprend l’anthropologie. Albin-Michel 2007. 296 p.
  • Sur la construction d’histoires : Robert McKee. Story. Contenu, structure, genre. Les principes de l’écriture d’un scénario. Dixit Esra. 2009 416 p.

Mais c’est le « et après ? » qui m’importe.

Après, c’est la fin de l’histoire

  • du conte de fées (ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants),
  • de l’ennemi ou de la guerre (victoire décisive, communauté européenne, Francis Fukuyama),
  • ou la réussite (généralement posthume) de l’artiste, du chercheur ou de l’entrepreneur.

Fin de l’histoire, donc du conflit, donc des héros, effacement des personnages, délitement de la famille, de l’entreprise, du peuple.

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Convivialisation et créolisation

Patrick Chamoiseau

Appelons « créolisant » le mouvement lancé par Édouard Glissant (1928-2011) et Patrick Chamoiseau (1953- ), fédéré aujourd’hui dans « L’institut du Tout-Monde ».

Ce qu’ils ont écrit et pensé mérite l’intérêt des Convivialistes et le mien : sur une trajectoire fraternelle, ils ont été et seront encore demain magnifiquement créatifs et sources d’inspiration.

D’où l’intérêt de les mettre en regard…

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La laïcité est un piège ; l’alternative ? la convivialité

Souvenez-vous des raisons pour lesquelles la France a opté pour la laïcité.

Ce pays qui avait été « la fille aînée de l’Église » voulait à la fois se débarrasser de l’imaginaire des monarchies « de droit divin » et proclamer son indépendance à l’égard de l’Église romaine. D’où la République laïque avec, comme fondement populaire, le citoyen nanti de droits et sa laïcité pour liberté, celle de désobéir au clergé. La France s’est ainsi inventé une conception de l’ordre public indépendante de l’ordre catholique. Elle n’a pas pour autant changé de culture.

On l’a bien vu dans l’œuvre coloniale, en Tunisie par exemple où la colline de Byrsa fut agrémentée d’une cathédrale dédiée à Saint-Louis. Formellement pourtant, on respectait les musulmans. Carthage avait été détruite par Rome, une autre Rome désormais la marquait, et c’était tout. Avec l’indépendance nationale, juridiquement, la France s’est retirée. Culturellement pourtant, elle est restée, cachée sous un faux-nez : celui de la laïcité.

Celle-ci était pour nous une solution que nous avions inventée en même temps que notre vocation coloniale quand l’Europe ne fut plus qu’un champ clos. Cela n’en fait pas un solution universalisable.

Temporairement, la laïcité nous a donné une souplesse d’adaptation que nous n’aurions pas eue sans elle. Dans des régions et des pays cimentés par d’autres traditions, elle inspire des protestations génératrices de désordres insurmontables. Son œuvre continue de désintégration compromet des États qui tentent d’émerger dans des processus d’acculturation qui déstabilisent toutes les institutions.

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La présente pandémie du point de vue d’Ivan Illich

Interprète autorisé d’Ivan Illich (1926-2002), David Cayley a publié le 8 avril 2020 un article intitulé : « Questions about the current pandemic from the point of view of Ivan Illich« .

Il s’agit là d’un essai puissant, nuancé, profond, riche et novateur : il desserre les nœuds coulants conceptuels qui nous étranglent et nous attachent « aux systèmes » du moment, ceux qui nous ont conduit à la crise.

Les quelques limites de ce texte sont largement imputables à sa date de publication : on en savait moins le 8 avril qu’aujourd’hui.
Peu importe. Il ne s’agissait pas pour l’auteur de définir ce qu’il fallait faire dans tel ou tel pays, à tel ou tel instant, mais de proposer une réflexion à long terme sur les concepts qui prédéterminent nos réactions face à la pandémie.

Illich fait deux critiques à la modernité telle que nous la connaissons…

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Il y a de la dystopie dans l’air

En Chine, comme ailleurs dont la France, la majorité de nos populations entre en mode survie, cela change nos cultures. Avec le virus et la déflation, il y a de la dystopie dans l’air.

Voyez cet excellent reportage de Bloomberg sur la façon dont les habitants de Wuhan s’adaptent.

Un voyageur en attente à la gare
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Ce que les sachants choisissent d’ignorer

Le présent confinement est l’accident planétaire qui soudain nous confronte à notre ignorance radicale, à ce que les prétentieux savoirs quotidiens choisissent d’ignorer : l’inconnaissance.

J’en ai proposé une première analyse en 1990 dans un ouvrage intitulé :
La Cité de la Parole. Éditions L’ŒUVRIER. 192 p.

L’expérience du confinement est le moment de relire le chapitre correspondant…

Dans le nuage d’inconnaissance

Le danger qu’on apprivoise écarte la folie.

Des rives de la mort à la vie collective,  le vieux Charon seul est humain : pour gagner l’obole des vivants, il faut agir en passeur d’âmes.

Enfants du rêve progressiste, nous bâtissons comme les deux premiers des Trois petits cochons : maison de paille, maison de branches, la vie est belle…
Qui se souvient du loup ?

Mais  les tempêtes,  la mort,  et quelquefois  l’épidémie,  viennent nous  rappeler  qu’il  est  dehors  quelque  chose,  et que  cela  peut frapper fort, jusque dedans, au beau milieu de la tranquillité.

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Les priorités que nous enseigne le confinement


3 milliards de personnes Ͼonfinées dans le monde, un traumatisme planétaire, toutes des situations bien différentes et pourtant des intérêts Ͼommuns synchronisés par un événement planétaire, peut-être périodique…
Des formations politiques naîtront un peu partout qui mettront au Ͼentre les préoccupations collectives nées du Ͼonfinement.
Peut-être se reconnaîtront-elles dans ce symbole oublié mais si parlant, universel même en ces temps de Ͼommunication digitale : on le trouve sur tous nos Ͼlaviers. C’est le sigma lunaire pointé des Grecs, soit dans nos traitements de texte, le Ͼaractère O3FE de l’ Unicode hexadécimal : Ͼ .

Nous nous sommes organisés pour optimiser en fonction de ce qui est le plus probable, et donc le plus profitable, sans tenir compte de ce qui est le plus dangereux, qui pourrait nous tuer.
Mais on vit mal dans la crainte, tandis que le désir est promesse de joie. Nous préférons donc parier que tout ira bien, et tant pis pour ceux qui n’ont pas de chance.
C’est aussi ce que pensent les pauvres. Ils prennent ce qu’on leur laisse. Il est rationnel pour eux de vivre et planter sur les flancs du volcan parce que la terre y est meilleure qu’ailleurs mais, à la catastrophe, on s’étonne : qu’allaient-ils donc faire là ?

Mais n’est-il pas évident que, manque de masques, manque de lits, manque d’hôpitaux, manque de recherche, nous pensons comme eux ?
Que sommes-nous donc allés faire dans cet avenir insupportable ?

S’envoler, c’était le rêve d’Icare mais, sans parachute, c’était déraisonnable.

Or l’homme ne fait rien d’important sans coopération et ne saurait coopérer intelligemment sans réciprocité.
Quand il s’agit de faire plus, on parle d’esprit d’entreprise.
Quand il s’agit de parer aux risques, on parle de solidarité.

Réimaginer, repenser, redessiner nos solidarités, favoriser toutes celles qui s’amorcent, telles sont les priorités que nous enseigne le Ͼonfinement.