De la catastrophe au Pakistan à l’eunomie internationale

[English version below]

35 millions de personnes déplacées, des milliers de morts, la destruction massive des champs et du bétail, la famine et les épidémies à venir, ne seront pas surmontées sans repenser profondément les systèmes mis en avant par les « pays du Nord ». Comme partout ailleurs, le jeu de la dette a enrichi les élites locales pour les asservir aux intérêts des États-Unis pendant la guerre froide, puis la guerre au terrorisme. C’est ensuite aux pauvres qu’on demande de rembourser cette dette dans le cadre du plan d’austérité imposé par le Fonds Monétaire International.
Le Pakistan est aux abois.

Puissances et puissants n’oublieront certes pas qu’il détient l’arme atomique. Leurs intentions ne bénéficieront donc durablement qu’aux affairistes de l’aristocratie, de l’immobilier et de l’armée.

Voyons plutôt qu’une catastrophe de cette ampleur peut donner le départ à l’élaboration collective d’un ordre international alternatif qui traiterait sérieusement des questions posées par l’histoire mondiale des injustices, de l’impérialisme et du capitalisme. Une telle perspective associerait les initiatives de ceux qui, au Nord de la planète, combattent le militarisme, le nationalisme et l’addiction aux énergies fossiles, avec celles de ceux qui, au Sud, combattent l’exploitation par les élites locales, les pays étrangers, et les institutions financières internationales.

En d’autres termes, plutôt que de s’en tenir à de très limitées et temporaires initiatives humanitaires, il est ici question de prendre appui sur les contradictions du présent pour imaginer et construire un autre avenir pour tous, qui soit durable, solidaire et audacieux.

Une « eunomie » (« bon ordre ») internationale aurait dit Solon.

Continuer la lecture de « De la catastrophe au Pakistan à l’eunomie internationale »

Climat… Militantisme, action collective et débat

Radio France engage un tournant environnemental : « NOUS NOUS TENONS RESOLUMENT DU COTE DE LA SCIENCE, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine. Elle est un fait scientifique établi, pas une opinion parmi d’autres. »

[Voir infra le Manifeste de radio France]

Je suis content de découvrir cette déclaration de politique éditoriale, elle a le mérite d’être claire et idéologiquement cohérente.
Ailleurs, dans d’autres médias, on tient d’autres propos, l’on promeut d’autres croyances et se donne d’autres priorités.
De telles « politiques » restent souvent implicites. Des initiés, le cas échéant, les affinent, les font évoluer mais leur « cela va sans dire » suffit pour manager une équipe rédactionnelle sans que le tribunal de l’opinion s’en saisisse..
Mérite additionnel de cette solution : elle permet de maintenir la fiction de l’indépendance des journalistes à l’égard des propriétaires du journal.

Donc merci à Radio France, chaîne de service public, d’exister et de faire connaître ses choix éditoriaux.

Ce parti pris de se situer « du côté de la science » est assez proche du mien pour que je continue à m’intéresser aux productions de Radio France.

En revanche, l’idée de « sortir la crise climatique du champ du débat » est une erreur, et ceci pour trois raisons : politique, scientifique et cognitive…

Continuer la lecture de « Climat… Militantisme, action collective et débat »

Ouverture des esprits, la longue marche

English version: Open-mindedness, the long march

Voici une modeste, astucieuse et spectaculaire contribution à l’ouverture des esprits.

Au cours (2016) de cette émission (42 minutes) de la BBC (Global philosopher), Michael Sandel (Harvard) demande à 60 personnes (jeunes éduqués) venant de 30 pays de s’exprimer sur diverses questions relatives au changement climatique.

Techniquement, il est difficile de faire mieux.

Quant au contenu, c’est exemplaire (il y a débat) et pédagogique (présentation du problème et de quelques idées).

N’en attendez cependant rien pour l’action (on n’est pas là pour ça)… Le philosophe professionnel conclut par un plaidoyer pro domo : continuons à réfléchir !

Alors, pourquoi s’intéresser à ce petit chef-d’œuvre médiatique ?

Continuer la lecture de « Ouverture des esprits, la longue marche »