La civilisation comme illusion (1)

Paul Valéry en 1893

Valéry est un de mes frères en pensée.
À vingt ans comme lui (qui en avait vingt-trois quand il écrivit sa « Soirée »), je me suis rêvé en Monsieur Teste.
Ce “frère”, je le suis resté. Comme Teste, « je me suis préféré » et je n’ai jamais été possédé par « la niaise manie » de mon nom.

De Paul Valéry (1871-1945), c’est moins sûr. Il a donné au public « le temps qu’il faut pour se rendre perceptible » et moi, bon public, j’ai suivi, l’âme vague, ses mystères poétiques.
L’âme vague peut-être mais le cœur froid, ce qui m’a fait préférer Georges Brassens, l’autre poète de Sète. D’où le grand rire qui m’a saisi lorsque j’ai découvert les efforts du colonel Godchot : « Essai de traduction en vers français du « Cimetière marin de Paul Valéry » (1933).

Tout cela n’en est pas moins maigre et sec. C’est donc à un autre Valéry que je reviens (mais je le fais tous les dix ans peut-être, à chaque étape de ma méditation politique), à l’auteur non d’une œuvre mais d’un vertigineux incipit :
« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

Je viens de relire ses « Essais quasi politiques » et certains de ses textes sur l’histoire. Sous le lien que voici, vous trouverez les extraits que j’en garde. Je vous les recommande.

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Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales

Les conclusions du Congrès des Amis de la Paix qui se tint en août 1849 à Paris furent honorées dans la presse. Comme ils le souhaitaient, ses représentants furent reçus par le Président de la Deuxième République depuis le 20 décembre 1848 : Charles Louis-Napoléon Bonaparte.
Son mandat était de quatre ans et il n’était pas rééligible. Victor Hugo avait donc soutenu sa candidature à l’élection présidentielle d’autant que Lamartine, l’autre gand poète du moment, était candidat lui aussi.

Hugo comptait, quant à lui, se présenter  à la fin du mandat, en 1852. D’où ses engagements ostensiblement républicains, populaires (on dirait aujourd’hui “populistes”) et pacifistes.
Le Prince-Président fut plus rapide. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 6 – Résolutions finales »

Les Amis de la Paix 5 – Le libre-échange

Le Congrès des Amis de la Paix Universelle qui se tint à Paris en 1849 fit naturellement la part belle à l’idée de libre-échange. Ne contribuait-elle pas directement à l’amitié entre les peuples ? surtout quand cela se fait avec l’Angleterre, nation commerçante s’il en est.
Richard Cobden (1804-1865), industriel et homme d’État britannique, en est cette année-là le héraut, avec Fédéric Bastiat (1801-1850) qui passe alors pour l’un de ses émules.
Il est vrai que l’admirable Cobden venait d’obtenir l’abolition des Corn Laws protectionnistes et qu’il oeuvrait au rapprochement avec la France. L’Angleterre était aussi industrieuse que la France agricole. Ces deux nations étaient donc complémentaires, ce qu’on voyait d’autant mieux que, dans les deux pays, la bourgeoisie d’affaires supplantait peu à peu l’aristocratie terrienne.
L’anglophile Louis-Napoléon Bonaparte comprenait cela, d’où la signature en 1860 du traité de commerce franco-britannique de libre-échange sur les matières premières et les principaux produits alimentaires, dont Cobden avait été si longtemps l’artisan.

Ne nous trompons pas cependant sur la principale motivation de “Napoléon le Petit“. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 5 – Le libre-échange »

Les Amis de la Paix 3 – Désarmer pour FAIRE la paix

Toutes les questions (et à peu près toutes les solutions) liées au désarmement furent explorées au cours du Congrès international des Amis de la Paix universelle réuni à Paris en 1849. Nous savons leur peu d’effet.

Ce rêve remonte à loin. Citons par exemple canon 39 du Deuxième concile de Latran (1139) : « Nous défendons sous peine d’anathème que cet art meurtrier et haï de Dieu qui est celui des arbalétriers et des archers soit exercé à l’avenir contre des chrétiens et des catholiques ».
Ce qui mettra fin à l’arbalète comme arme de guerre, c’est l’arme à feu !

Autre exemple…
L’interdiction des tournois (canon 14) sous peine de se voir refuser la sépulture chrétienne n’a pas eu plus d’effet. Si la pratique a disparu, c’est trois siècles plus tard en France parce que le roi Henri II de Valois mourut en 1559 des suites de la joute qu’il avait organisée pour célébrer la paix de Cateau-Cambrésis. Il entendait montrer qu’il avait toujours “bon ceur” (à se battre) alors que le traité qu’il venait de signer mettait fin de ses ambitions italiennes. Cette réconciliation entre la France et l’Espagne ne fit évidemment qu’armer le ressort conflictuel qui conduit un siècle et demi après au Grand Dessein” d’Henri IV. Continuer la lecture de « Les Amis de la Paix 3 – Désarmer pour FAIRE la paix »

Les Amis de la Paix 1 – Le congrès de Paris en 1849

Ayant mis en ligne, hier, le discours introductif de Victor Hugo au Congrès des “Amis de la Paix universelle” qui s’est réuni à Paris en 1849, j’ai voulu en savoir davantage. J’ai alors trouvé, sur Gallica comme il se doit, les actes de la réunion. Ils valent d’être lus. Chacun peut le faire à partir du lien ci-dessus. Il m’a cependant semblé utile d’en faire d’abondants extraits numérisés, ce qui facilitera pour tous la lecture et la consultation.
Les idées exprimées ici le sont avec une grande clarté, avec éloquence souvent et dans des circonstances historiques précises qui nous sont aujourd’hui transparentes. Les interventions rapportées n’en sont que plus touchantes et d’une actualité surprenante. Quelques 170 ans après, on ne sait s’il faut s’étonner davantage du temps qu’il a fallu pour les mettre en œuvre ? du fait qu’elles l’aient toutes été ? de ce que chacune ait eu des effets pervers et qu’aucune n’ait pleinement remplie sa mission ?
C’est dire que nous n’avons pas avancé, et que ces hommes d’avant-hier sont toujours nos frères. Redécouvrir leur pensée, c’est donc aussi mieux comprendre la nôtre… et ses limites.

Dans cette première livraison, on trouvera la synthèse proposée par Joseph Garnier, le secrétaire du Congrès. Elle a le grand mérite de faire l’historique du « mouvement en faveur de la paix » d’où procède le Congrès de 1849. On y trouve l’essentiel des idées débattues, ainsi qu’un précieux rappel historique.

Joseph Garnier (1813-1881) fut un économiste influent, cofondateur en 1842 de la Société d’Économie politique. Ami de Richard Cobden, il milite pour le libre-échange.

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Circulaire du Comte Mouravieff (12/24 août 1898)

Le Comte MOURAVIEFF, Ministre des Affaires étrangères de Russie,
aux Représentants des Puissances accrédités à Saint-Pétersbourg.

Saint-Pétersbourg, 12/24 août 1898.

Le maintien de la paix générale et une réduction possible des armements excessifs qui pèsent sur toutes les nations se présentent, dans la situation actuelle du monde entier, comme l’idéal auquel devraient tendre les efforts de tous les Gouvernements.
Les vues humanitaires et magnanimes de Sa Majesté l’Empereur, mon Auguste Maître, y sont entièrement acquises. Continuer la lecture de « Circulaire du Comte Mouravieff (12/24 août 1898) »